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Des soldats syriens (à droite) parlent avec un rebelle à Babbila, au sud de Damas, le 17 février 2014 (AFP / Louai Beshara)

Des soldats syriens (à droite) parlent avec un rebelle à Babbila, le 17 février 2014, ville de la banlieue sud de Damas où un armistice a été conclu entre les belligérants (AFP / Louai Beshara)


BABBILA (Syrie), 19 févr. 2014 – L’image est incroyable : des rebelles et des soldats syriens qui font tranquillement la conversation au milieu des ruines. C’est le résultat d’un armistice dans une banlieue dévastée de Damas où nous avons pu accéder ce lundi 17 février.

Ce jour-là, l’armée syrienne nous propose d’aller dans un endroit qui pourrait nous intéresser. Nous acceptons bien sûr, mais nous n’avons aucune idée de ce que nous allons trouver.

Nous partons en convoi. Nous sommes une quinzaine de journalistes travaillant pour des médias syriens ou étrangers. Des militaires prennent place dans la voiture de tête. Nous nous arrêtons à l’entrée de Babbila, une ville tenue par les rebelles mais assiégée par l’armée, à une dizaine de kilomètres au sud de Damas.


Des rebelles (à droite et au centre) marchent en compagnie d'un homme armé non identifié le 17 février à Babbila, dans la banlieue de Damas (AFP / Louai Beshara)

Des rebelles (à droite et au centre) marchent en compagnie d'un homme armé non identifié le 17 février à Babbila, dans la banlieue de Damas (AFP / Louai Beshara)


A l’entrée de la ville, nous montons dans un bus qui nous emmène dans la rue principale. Nous longeons des immeubles et des magasins défoncés par les bombardements et les incendies. Des habitants sont là, au milieu des ruines. Des rebelles montent dans le bus et déclarent : « On n’a pas baissé les bras, on a fait une trêve ».

Ils refusent de répondre à nos questions. « On a des consignes de notre direction de ne pas répondre aux journalistes… On attend 48 heures, et après on pourra faire des déclarations», disent-ils.

Une fois descendus du bus, nous discutons avec d’autres rebelles. Des jeunes portant la barbe, certains un keffieh noir sur la tête. Des islamistes, mais pas des gens affiliés à Al-Qaïda.  Les militaires qui nous accompagnent les qualifient d’« anciens terroristes. »


Un rebelle (à gauche) passe à côté de volontaires des Forces de défense nationale syriennes à Babbila, le 17 février 2014 (AFP / Louai Beshara)

Un rebelle (à gauche) passe à côté de volontaires des Forces de défense nationale syriennes (AFP / Louai Beshara)


Les habitants que nous rencontrons se réjouissent de cet armistice : « Cela va me permettre d’acheter à manger. J’espère que la trêve va fonctionner », dit l’un d’eux, visiblement épuisé.

On ne peut pas dire que les gens crèvent de faim, mais ils ont l’air vraiment très mal en point : On voit des visages ravagés, des gens mal habillés.

Après plus d'un an et demi de batailles féroces dans et autour de la capitale, les forces loyalistes au président Bachar al-Assad et les rebelles sont arrivés à un compromis concernant plusieurs secteurs à Damas et dans sa banlieue. Ces trêves ont été négociées par des personnalités politiques ou des hommes d'affaires originaires de ces localités. Elles permettent l'entrée de nourriture, et en échange les rebelles ont rendu leurs armes lourdes et hissé le drapeau officiel syrien à la place de l'étendard de la révolution.


Le drapeau national syrien est hissé sur la mairie de Babbila, le 17 février 2014 (AFP / Louai Beshara)

Le drapeau national syrien est hissé sur la mairie de Babbila, le 17 février 2014 (AFP / Louai Beshara)


Qu’est-ce qui peut expliquer cette trêve, qui concerne non seulement Babbila, mais aussi la majorité des autres localités autour de Damas ? Est-ce l’état d’épuisement des combattants des deux bords, avec d’un côté une armée régulière qui encercle une zone, lui impose un siège total, sans être cependant capable de réduire les poches de résistance ?

Pour l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme (OSDH), c’est bien de cela qu’il s’agit, même si le régime de Damas semble avoir imposé un accord aux contours incertains.« Un réel cessez-le feu sert certes les intérêts des deux côtés, mais ce que nous voyons c’est que le régime a imposé sa volonté à des gens affamés », estime le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Les militants d’opposition affirment que la stratégie du régime est : « les affamer jusqu’à ce qu’ils s’agenouillent ». Il semble que les rebelles n’aient pas le choix, s’ils ne veulent pas voir les gens autour d’eux mourir de faim.


Des habitants de Babbila scandent des slogans appelant à l'unité syrienne à Babbila, le 17 février 2014 (AFP / Louai Beshara)

Des habitants de Babbila scandent des slogans appelant à l'unité syrienne à Babbila, le 17 février 2014 (AFP / Louai Beshara)


Nous restons sur place pendant presque une heure, sans entendre un seul coup de feu. Près de nous, des dizaines d’habitants crient : « Un, Un, le peuple syrien est un ! » Le gouverneur de la province de Damas, Hussein Makhlouf, leur assure que tous les services publics détruits de la ville seront reconstruits.

Cela faisait quelque temps que nous avions eu l’idée de faire un reportage sur ces trêves dans les combats autour de Damas. Des informations circulaient à ce sujet. Mais à ce moment-là, les responsables de l’armée nous avaient barré la route, par mesure de sécurité, selon eux. Cette fois, ce sont eux qui ont pris l’initiative de nous accompagner sur place…


Un rebelle dans une rue de Babbila, dans la banlieue de Damas, le 17 février 2014 (AFP / Louai Beshara)

Un rebelle dans une rue de Babbila (AFP / Louai Beshara)


Rim Haddad est correspondante de l'AFP à Damas.