Commentaire : Avec le Qatar, la Turquie, l'Arabie Saoudite, les Etats-Unis et l'OTAN, le rôle d'Israël dans la déstabilisation de la Syrie et le financement de Daesh est souvent tu. En effet, quel est le seul pays qui n'a ni été menacé ni n'a subi d'attentats sur son sol par l'Etat islamqique ? C'est bien le régime sioniste.

Dans son article paru le 23 février 2016 dans Politico, Robert Kennedy Jr. avait dépeint le conflit en Syrie comme une guerre globale pour le contrôle des ressources énergétiques de la région, avec, d'un côté, les États-Unis, l'Union européenne, Israël, les pays du Golfe et la Turquie, supportant l'opposition à Bachar el-Assad, de l'autre, la Russie, la Chine et l'Iran, soutenant le régime. RFK Jr. insistait surtout sur l'action des États-Unis, du Qatar et de l'Arabie saoudite dans le soutien à l'insurrection. Certes, il avait bien souligné qu'Israël était également déterminé à faire dérailler le « pipeline islamique », choisi par Assad en juillet 2011, qui aurait enrichi l'Iran et la Syrie, ainsi que leurs « proxys », le Hezbollah et le Hamas ; cependant, certains lecteurs ont pu estimer que la place d'Israël dans ce conflit méritait une analyse un peu plus poussée. La messagerie électronique d'Hillary Clinton, dont WikiLeaks a récemment mis en ligne de très nombreux e-mails, nous renseigne justement sur les intérêts et la stratégie d'Israël dans cette guerre. 

Les intérêts de chacun des belligérants connus, nous nous demanderons si le mythe des rebelles « modérés », en passe d'être enterré, n'était précisément pas une ruse des anti-Assad visant à focaliser l'attention publique sur le seul État islamique et à laisser les mains libres aux principales forces qui, de fait, durant cinq ans, ont sapé l'État syrien. L'occasion, une nouvelle fois, de mettre en garde contre la désinformation galopante dans cette guerre - comme dans toute guerre. 

Assad tombé, Iran isolé, Israël sécurisé 

Le 16 mars 2016, WikiLeaks a lancé un moteur de recherche pour explorer des archives contenant 30.322 e-mails et pièces jointes, envoyés vers ou par le serveur de courrier électronique privé d'Hillary Clinton, à l'époque où celle-ci était secrétaire d'État, du 30 juin 2010 au 12 août 2014. Dans cette masse d'échanges, se trouve un courrier envoyé le 30 avril 2012 par James P. Rubin à Hillary Clinton. Pour information, James Rubin était secrétaire d'État adjoint pour les relations publiques et porte-parole en chef du Département d'État entre 1997 et mai 2000. Dans l'administration Clinton, il était considéré comme le bras droit de la secrétaire d'État Madeleine Albright (une femme qui déclarait, en 1996, que la mort de 500.000 enfants irakiens, victimes de l'embargo décidé par le Conseil de sécurité de l'ONU, valait la peine). Rubin a également été membre de l'équipe de campagne d'Hillary Clinton pour sa nomination par le Parti démocrate dans l'optique de l'élection présidentielle de 2008. 

Voici l'essentiel de son message « BEST OF LUCK ON CHINA TRIP » traduit :
« J'ai voulu transmettre quelque chose que j'ai l'intention de publier sur la Syrie et l'Iran, parce que je pense qu'il vaut la peine d'essayer de presser le Président et ses conseillers politiques à agir. [...] Comme vous verrez dans la pièce jointe, je crois qu'une action en Syrie préviendra le plus grand danger à l'horizon, à savoir qu'Israël lance une attaque surprise sur les installations nucléaires iraniennes. Bien que la pression ait maintenant baissé pour de multiples raisons, elle reviendra. D'autre part, l'action de Washington sur la Syrie éliminera pour une bonne part, je pense, le caractère d'urgence de l'action israélienne. Autrement dit, une politique plus agressive en Syrie [...] atténuera considérablement la pression sur Israël pouvant le conduire à attaquer l'Iran et à déclencher peut-être une guerre plus large au Moyen-Orient [...]. Je sais que vous pouvez ne pas être d'accord, mais j'ai pensé qu'il était mieux de partager cela avec vous comme au moins une façon nouvelle d'aborder le problème. »
L'e-mail se conclut ainsi : « All best, your friend, Jamie », montrant la grande familiarité entre les deux protagonistes. 

On découvre le titre de la pièce jointe dans un autre e-mail adressé quelques heures plus tard par Hillary Clinton à Robert Russo, lui demandant d'imprimer ce texte : « Please print ». 

Robert Russo est au service de la réussite d'Hillary Clinton depuis dix ans, comme nous l'apprend son profil sur Linkedin. Actuellement directeur de la correspondance et des briefings pour le site de campagne Hillary for America, il a notamment été adjoint spécial auprès de la secrétaire d'État entre janvier 2009 et février 2013. 

Voici la substantifique moelle de ce texte de James Rubin, « NEW IRAN AND SYRIA 2.DOC » :
« La meilleure manière d'aider Israël à traiter la capacité nucléaire croissante de l'Iran, c'est d'aider le peuple de Syrie à renverser le régime de Bachar el-Assad. Les négociations pour limiter le programme nucléaire iranien ne résoudront pas le dilemme de sécurité d'Israël. [...] Au mieux, les pourparlers [...] permettront à Israël de reporter de quelques mois sa décision de lancer une attaque contre l'Iran, qui pourrait provoquer une guerre majeure au Moyen-Orient. 

Le programme nucléaire iranien et la guerre civile en Syrie pourraient sembler sans rapport, mais ils sont liés. Pour les chefs israéliens, la réelle menace d'un Iran doté de l'arme nucléaire n'est pas la perspective d'un chef iranien fou lançant une attaque nucléaire délibérée sur Israël, qui conduirait à l'annihilation des deux pays. Ce que les militaires israéliens redoutent vraiment — mais sans pouvoir le dire — c'est de perdre leur monopole nucléaire. Une capacité iranienne en matière d'armes nucléaires [...] pourrait aussi inciter d'autres adversaires, comme l'Arabie saoudite et l'Égypte, à se nucléariser de la même façon. Le résultat serait un équilibre nucléaire précaire, dans lequel Israël ne pourrait pas répondre aux provocations avec des frappes militaires conventionnelles en Syrie et au Liban, comme il le peut aujourd'hui. Si l'Iran acquerrait le statut d'État doté de l'arme nucléaire, Téhéran trouverait plus aisé d'appeler ses alliés en Syrie et au Hezbollah à frapper Israël, sachant que ses armes nucléaires lui serviraient de force de dissuasion pour empêcher Israël de répondre contre l'Iran lui-même. 

Revenons à la Syrie. C'est la relation stratégique entre l'Iran et le régime de Bachar el-Assad en Syrie qui permet à l'Iran de saper la sécurité d'Israël — non à travers une attaque directe qui, en trente ans d'hostilité entre l'Iran et Israël, ne s'est jamais produite, mais à travers ses proxies au Liban, comme le Hezbollah, qui sont soutenus, armés et entraînés par l'Iran via la Syrie. La fin du régime d'Assad mettrait fin à cette dangereuse alliance. Le pouvoir en Israël comprend bien pourquoi vaincre Assad est maintenant dans ses intérêts [Rubin cite une déclaration du ministre de la Défense israélien, Ehud Barak, faite sur CNN la semaine précédente, allant dans ce sens]. 

Avec Assad parti, et un Iran devenu incapable de menacer Israël à travers ses proxies, il deviendrait possible pour les États-Unis et Israël de se mettre d'accord sur la ligne rouge qui indiquerait à quel moment le programme de l'Iran aurait atteint un seuil inacceptable. 

Washington devrait commencer par exprimer sa volonté de coopérer avec des alliés régionaux, comme la Turquie, l'Arabie saoudite et le Qatar, pour organiser, entraîner et armer les forces rebelles syriennes. L'annonce d'une telle décision pourrait probablement causer, par elle-même, des défections substantielles au sein de l'armée syrienne. Ensuite, utilisant des territoires en Turquie et peut-être en Jordanie, des diplomates américains et des officiels du Pentagone pourront commencer à renforcer l'opposition. Cela prendra du temps. Mais la rébellion est partie pour durer un long moment, avec ou sans l'implication des États-Unis. 

La seconde étape consiste à développer un soutien international pour une coalition menant des opérations aériennes. [...] Armer les rebelles syriens et utiliser la force aérienne occidentale pour empêcher les hélicoptères et les avions syriens de voler est une approche peu coûteuse et à forte valeur ajoutée. [...] La victoire ne viendra pas rapidement ou facilement, mais elle viendra. Et la récompense sera importante. L'Iran sera isolé stratégiquement, incapable d'exercer son influence au Moyen-Orient. Le nouveau régime en Syrie verra les États-Unis comme un ami, pas un ennemi. Washington remporterait une reconnaissance importante en se battant pour le peuple dans le monde arabe, et pas pour des régimes corrompus. »
James Rubin, comme il y fait référence dans son e-mail à Hillary Clinton, fera par la suite publier ce texte, à peine remanié, dans Foreign Policy, le 4 juin 2012. L'article s'intitule « The Real Reason to Intervene in Syria ». 

En résumé, Rubin considère que, pour parer au plus grand danger qui guette le Moyen-Orient, à savoir une attaque d'Israël contre les installations nucléaires iraniennes, il faut œuvrer pour dissuader Israël de passer à l'action. En effet, son intervention pourrait constituer les prémices à une guerre de très grande ampleur. Pour atteindre cet objectif, il faut parvenir à faire baisser la pression que ressent Israël, en affaiblissant les organisations terroristes qui le menacent directement (Hezbollah au Liban, Hamas et Jihad islamique palestinien à Gaza), et qui se trouvent être des proxies de l'Iran, qu'il soutient via la Syrie. En rompant le lien entre l'Iran et la Syrie, ces proxies deviendraient inopérants. Et, pour rompre ce lien, il faut briser son maillon le plus faible : le régime de Bachar el-Assad. Il faut donc soutenir la rébellion contre lui, jusqu'à ce qu'il tombe. Assad tombé, les proxies iraniens rendus quasi inoffensifs, Israël pourrait suspendre son intention de bombarder l'Iran. Et des négociations plus apaisées sur le programme nucléaire iranien pourraient reprendre avec le soutien des États-Unis. 

Pour contextualiser ces propos, rappelons qu'à cette époque le conflit en Syrie a commencé depuis plus d'un an, et que Mahmoud Ahmadinejad, bête noire des États-Unis et d'Israël, est encore au pouvoir en Iran. Il y restera jusqu'au 3 août 2013. James Rubin a anticipé le refus russe d'une telle opération, ce qui interdit de passer par le Conseil de sécurité des Nations unies, ainsi que la réticence de certains États européens, ce qui rend également difficile le recours à l'OTAN. L'opération ne pourra résulter, selon lui, que de l'accord de pays occidentaux et du Moyen-Orient, en particulier l'Arabie saoudite et la Turquie. Rubin semble ignorer qu'au moment où il fait ses préconisations, la CIA soutient déjà l'opposition syrienne depuis 2006, et que la Turquie, le Qatar et l'Arabie saoudite arment, entraînent et financent déjà des combattants jihadistes sunnites venus de Syrie, d'Irak et d'ailleurs pour renverser le régime d'Assad. Son texte nous éclaire donc essentiellement sur l'intérêt d'Israël dans la tentative en cours du renversement du régime syrien. 

Israël et l'art de la guerre 

Un autre e-mail intéressant a été envoyé à Hillary Clinton par Sidney Blumenthal le 23 juillet 2012. Ancien assistant et conseiller spécial du président Bill Clinton, journaliste spécialisé en politique américaine et internationale, Blumenthal est un ami et confident de longue date d'Hillary Clinton. En novembre 2007, il était devenu le « conseiller principal » de sa campagne présidentielle. The Daily Caller du 7 mars 2016 nous rappelle que, sur les dizaines de notes des Renseignements qu'il a envoyées à Hillary Clinton alors qu'elle était secrétaire d'État, 23 contenaient de l'information classifiée comme «  confidentielle » ou « secrète ». Ceci fait de Blumenthal l'un des partageurs les plus prolifiques d'informations classifiées avec Clinton. Ses notes sont « particulièrement intrigantes », dans la mesure où l'homme n'a pas travaillé pour le gouvernement. Pendant la période où il envoyait ses notes à Clinton, il travaillait pour la Fondation Clinton, aussi bien que pour diverses organisations à but non lucratif entretenant des liens étroits avec Hillary Clinton. Il a aussi travaillé, durant une partie de cette période, comme rédacteur pour The Daily Beast

Dans son e-mail, non classifié, Sidney Blumenthal établit un rapport d'informations émanant de plusieurs sources proches de différents services de renseignement (il n'émet pas d'avis personnel). Voici la substantifique moelle de ce texte, « SYRIA, TURKEY, ISRAEL, IRAN » :
« 1. Selon un individu ayant accès aux plus hauts niveaux des gouvernements européens, les services de renseignement de ces pays rapportent à leurs directeurs que les chefs de l'armée israélienne et de la communauté du renseignement pensent que la guerre civile en Syrie est en train de s'étendre aux pays voisins, notamment le Liban, la Jordanie et la Turquie. Ces officiels européens sont inquiets que le conflit en cours en Syrie puisse mener à des soulèvements dans ces pays qui amèneront au pouvoir des régimes islamiques de plus en plus conservateurs, remplaçant les régimes laïcs ou modérés actuels. Ces individus ajoutent que les responsables de la sécurité israélienne pensent que le Premier ministre Benjamin Netanyahu est convaincu que ces développements les rendront plus vulnérables, avec uniquement des ennemis à leurs frontières. 

2. Dans des conversations privées, de hauts représentants du renseignement et de l'armée israélienne déclarent à leurs associés européens qu'ils ont longtemps vu le régime du président syrien Bashar el-Assad, bien qu'hostile, comme une valeur sûre et un amortisseur entre Israël et les pays musulmans plus militants, une situation qui est menacée par les succès croissants des forces rebelles de l'Armée syrienne libre. Cette source est convaincue que ces chefs israéliens sont maintenant en train d'élaborer des plans d'urgence pour traiter avec une structure régionale où les nouveaux régimes révolutionnaires qui reprennent ces différents pays seront contrôlés par les Frères musulmans et peut-être des groupes plus problématiques comme Al Qaïda, ce qui ne présage rien de bon pour les Israéliens. 

3. [...] ces chefs d'État européens reçoivent des rapports indiquant que si Israël devait attaquer les installations nucléaires iraniennes en ce moment, cela ne ferait qu'aggraver ses relations avec ses voisins. [...] 

4. Selon une source ayant un accès direct, les chefs de l'armée turque ont déclaré dans des discussions privées avec les plus hautes autorités de leur gouvernement qu'une attaque d'Israël sur l'Iran déclenchera sûrement une guerre régionale "avant que la première attaque aérienne d'Israël ne soit retournée à sa base". Les évaluations du renseignement turc, supportées par leurs agents de liaison dans les services de renseignement d'Europe de l'Ouest, informent que des milliers de missiles et de roquettes tomberont sur Israël lancées d'Iran, du Liban, de Syrie et de Gaza. [...] 

7. Une source particulière déclare que les services de renseignement britanniques et français pensent que leurs homologues israéliens sont convaincus qu'il y a un aspect positif à la guerre civile en Syrie ; si le régime d'Assad tombe, l'Iran perdrait son unique allié au Moyen-Orient et serait isolé. En même temps, la chute de la Maison Assad pourrait bien provoquer une guerre sectaire entre les chiites et la majorité sunnite de la région, s'étirant jusqu'en Iran, qui, du point de vue des chefs israéliens, ne serait pas une mauvaise chose pour Israël et ses alliés occidentaux.D'après cet individu,un tel scénario distrairait l'Iran de ses activités nucléaires et pourrait les entraver pendant beaucoup de temps. De plus, certains analystes supérieurs du renseignement israéliens pensent que cette tournure des événements pourrait même s'avérer être un facteur dans la chute finale du gouvernement actuel d'Iran. [...] 

9. En même temps, une source sensible distincte a ajouté que les services de sécurité européens sont inquiets que cette stratégie de la corde raide puisse mener à des fautes qui pourraient, à leur tour, conduire à une guerre régionale. A cet égard, ces services européens restent en rapport étroit avec leurs homologues israéliens, qui tentent de manipuler les événements tout en évitant un conflit général en ce moment. Cet individu déclare qu'un officier supérieur de l'armée israélienne a décrit la situation actuelle dans la perspective israélienne en citant Sun Tzu dans L'ART DE LA GUERRE : "Il gagnera celui qui sait quand combattre et quand ne pas combattre." »
En résumé, nous voyons s'exprimer deux appréciations opposées concernant la guerre en Syrie, du point de vue israélien. La première consiste à craindre que cette guerre civile ne s'étende aux pays alentours, conduisant ainsi à une prise de pouvoir de forces islamiques radicales, qui constitueraient autant d'ennemis mortels pour Israël. En outre, il est précisé que Bachar el-Assad, bien qu'hostile à Israël, représente un moindre mal, une force modératrice dans la région. La seconde appréciation voit dans la guerre en Syrie l'opportunité de renverser l'unique soutien de l'Iran au Moyen-Orient. Cette fois, la guerre régionale entre sunnites et chiites, que la chute d'Assad pourrait provoquer, est vue positivement, car elle détournerait pour un long moment l'Iran de ses activités nucléaires ; elle pourrait même conduire à la chute du gouvernement d'Ahmadinejad. 

Depuis le 14 juin 2013, rappelons-le, c'est le modéré Hassan Rohani qui est au pouvoir en Iran. On pourrait ainsi penser que la seconde appréciation a dès lors perdu de sa pertinence (ces propos datant de l'été 2012) ; pour autant, Hassan Rohani n'est pas éternel et un gouvernement plus radical et plus farouchement hostile à Israël reviendra vraisemblablement un jour aux affaires. Au fond, le rapport de Sidney Blumenthal ne nous permet pas de connaître à coup sûr la stratégie d'Israël ; mais on peut deviner que l'État hébreu joue avec le feu, en espérant que la guerre fera tomber Assad et isolera durablement l'Iran, son principal ennemi, tout en priant pour que l'opération n'aboutisse pas à l'accession au pouvoir partout autour de ses frontières de régimes islamistes, bien plus hostiles encore que ne peut l'être celui actuellement en place à Damas. Comme nous le fait saisir la citation de Sun Tzu, la guerre en Syrie permet à Israël de ne pas combattre pour le moment directement l'Iran, un tel affrontement lui faisant présager de graves représailles. En laissant la situation pourrir en Syrie et dans toute la région, Israël, dans une situation d'attente, combat indirectement son ennemi. 

Nous rejoignons la notion de « guerre par procuration », développée par Robert Kennedy Jr., et reprise à son compte par l'économiste Jeffrey Sachs, consultant spécial de Ban Ki-moon à l'ONU. D'ailleurs, de même qu'à travers la Syrie, c'est en fait l'Iran et la Russie, ses puissants alliés, que visaient les États-Unis, à travers la Syrie, c'est l'Iran que vise essentiellement Israël. Rappelons ce que déclarait Sachs :
« C'est précisément la dépendance du régime d'Assad à ses soutiens russes et iraniens qui a déterminé l'intérêt des États-Unis à son départ. Le renversement d'Assad, pensaient les responsables américains de la sécurité, affaiblirait l'Iran, discréditerait le Hezbollah et restreindrait le champ d'action géopolitique de la Russie.  »
Quant à la Turquie, à l'Arabie saoudite et au Qatar, ils pariaient sur le remplacement du régime alaouite en Syrie par une direction sunnite. Un tel renversement aurait affaibli leur concurrent régional, l'Iran, et, plus largement, réduit l'influence chiite au Moyen-Orient. 

Du malheur d'être le maillon faible 

L'e-mail de Sidney Blumenthal a fait l'objet de quelques recensions dans la presse alternative, comme dans Sputnik le 18 mars, mais en n'en mentionnant que les informations contenues dans son point 7, qui sont certes les plus dérangeantes. Idem avec Waqar Rizvi, journaliste sur la chaîne de télévision iranienne Press TV, repris et commenté par Jean Bricmont sur Facebook. 

En revanche, Gilad Atzmon a bien noté la double option israélienne dans Global Research le 19 mars :
« Cet e-mail nous permet d'observer un vif débat politique qui a eu lieu en 2012. L'État juif avait décider qu'il fallait détruire le peuple syrien juste pour affaiblir l'Iran ou bien détruire l'Iran pour la destruction de l'Iran. L'Histoire suggère qu'une décision a été prise pour détruire les Syriens d'abord. Et le résultat doit être décevant pour Israël — l'Iran est maintenant plus fort que jamais. »
Pour autant, Atzmon se trompe lorsqu'il attribue l'e-mail de James Rubin, que nous avons relevé plus haut, à Hillary Clinton elle-même ; son erreur concerne également sa date :
« De manière choquante, à la fin 2015, après trois ans de guerre civile syrienne désastreuse, avec des centaines de milliers de morts et des millions de personnes déplacées, Clinton semble toujours cramponnée à la formule selon laquelle l'inquiétude d'Israël vis-à-vis de l'Iran devrait être traitée aux dépens du peuple syrien. Dans un courrier électronique que la candidate à la présidence des États-Unis, Hillary Clinton, a envoyé à un compte inconnu le 30 novembre 2015, celle-ci écrit : 

"La meilleure manière d'aider Israël à traiter la capacité nucléaire croissante de l'Iran, c'est d'aider le peuple de Syrie à renverser le régime de Bachar el-Assad." »
L'erreur a été commise par d'autres sites assez orientés, comme Fort Russ. Simple erreur ou manipulation ? Impossible à dire. La date du 30 novembre 2015 est en réalité celle à laquelle le Département d'État a rendu public cet e-mail, envoyé le 30 avril 2012. 

Quoi qu'il en soit, Hillary Clinton n'avait pas besoin des conseils de James Rubin ou des rapports de Sidney Blumenthal pour déclarer, dès le 18 août 2011, qu'Assad devait quitter le pouvoir en Syrie. Sous la pression d'Israël ? La question peut se poser. En effet, un autre e-mail de Sidney Blumenthal, daté du 28 mars 2010, nous apprend que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait tenu des propos fort irrespectueux à l'endroit de la secrétaire d'État américaine lors d'une réunion à huis-clos de l'APAIC, ce puissant lobby visant à soutenir Israël aux États-Unis : il aurait déclaré, comme le rapportent Ynet et Forward le 1er mars 2016 : «  Si nous ne pouvons pas dormir, Hillary ne dormira pas », alors même qu'il demandait aux participants à cette réunion de faire pression sur les États-Unis afin qu'ils soient plus agressifs envers l'Iran et son programme nucléaire. La source de cette information, un ancien employé du Département d'État, qui y a travaillé durant 30 ans, trouva, nous dit-on, « tout cela très inquiétant ». 

Ce 21 mars 2016, Hillary Clinton a donné tous les gages nécessaires à l'occasion de la conférence annuelle de l'AIPAC, réaffirmant, bien entendu, que la sécurité d'Israël n'était « pas négociable », mais surtout qu'elle n'hésiterait pas à recourir à la force contre l'Iran si nécessaire. « Le prochain président devra être capable [...] d'imposer de vraies conséquences à la moindre violation de (l')accord  » sur la politique nucléaire de l'Iran entré en vigueur en janvier. « Nous emploierons la force si besoin  », a-t-elle promis devant un public conquis. Face à Trump, dont elle a stigmatisé la tiédeur, la volonté de rester neutre dans le conflit israélo-palestinien, Clinton a lancé à son auditoire qu'il y avait « une grande différence entre dire que Téhéran doit rendre des comptes et le faire vraiment  ». 

Au final, dans ce conflit syrien, on observe donc une double motivation chez les opposants à Bachar el-Assad : certains des belligérants par procuration, tels l'Arabie saoudite et le Qatar, agissent pour maintenir leur domination sur l'Iran en tant qu'exportateurs d'énergies en direction du marché européen ; d'autres visent à contenir l'Iran principalement pour assurer la sécurité d'Israël. Dans le premier cas de figure, la Syrie paie son refus du pipeline qatari en 2009 et son choix du pipeline iranien en 2011 ; dans le second, elle paie son alliance, unique au Moyen-Orient, avec l'Iran, plus puissant qu'elle et dangereux à attaquer de front. « Tu es le maillon faible, au revoir  », ou quand la géopolitique du Moyen-Orient pourrait pratiquement s'expliquer avec la seule formule cynique et sadique de Laurence Boccolini. 

Le « mythe » des rebelles modérés et le « leurre » de Daech 

Dans ce jeu de dupes, on est en droit de se demander, avec Caroline Galactéros, docteur en sciences politiques, colonel de la réserve opérationnelle, administratrice de l'ASAF et journaliste au Point, si la focalisation médiatique sur le groupe État islamique n'a pas pour fonction de nous faire oublier les autres groupes, tout aussi terroristes, qui œuvrent inlassablement au démembrement de l'État syrien. Dans un article du 6 mars 2016, publié sur le site de l'ASAF, elle enterrait profondément, en s'appuyant sur les propos du général Castres, « le mythe des rebelles modérés ». Un article décoiffant qui mérite d'être largement cité :
« La vérité finit toujours par être dévoilée. Ce sont au départ de simples "signaux faibles" [...] et autres "bas bruits" qui deviennent peu à peu visibles jusqu'à irriguer entièrement le débat public et atteindre enfin le noyau dur des thèses officielles. 

S'agissant des rebelles syriens, aimablement qualifiés depuis quelques années de "modérés", nous en sommes encore au stade des "signaux faibles", mais la situation évolue dans le bon sens. On ne peut que se réjouir du reportage "Un œil sur la Syrie" ([...] diffusé sur France 2 le 18 février) qui présente enfin un regard neuf sur le conflit syrien... cinq ans après son commencement. [...] 

Ainsi, le général Didier Castres, Sous-chef opérations de l'État major des Armées, a-t-il été auditionné le 16 décembre 2015 par laCommission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat. Voici ce que l'officier français révèle au grand jour : 

"Les forces combattantes de Daech sont estimées à un effectif de 30.000 en Syrie et en Irak, dont 40 % de combattants étrangers. Ils sont opposés à 140.000 Kurdes du nord de l'Irak, 7.000 Kurdes syriens et 130.000 membres des forces de sécurité irakiennes. En outre, il existe en Syrie une constellation de combattants très divers de l'ordre de 100 000 personnes, dont la France estime que 80.000 d'entre eux appartiennent soit à des groupes terroristes désignés comme tels par les Nations unies, soit à desgroupes salafistes extrémistes.

[...] Première information : la puissance de Daesh est largement surestimée dans nos médias. Avec seulement 30.000 hommes (d'autres sources parlent de 50.000) en Irak et en Syrie, l'Etat islamique n'est pas d'un poids considérable sur un plan militaire. Son expansion territoriale depuis trois ans montre ce que plusieurs observateurs syriens (dont l'archevêque d'Alep) ont déjà amèrement dénoncé : les Occidentaux ont beaucoup parlé, mais étrangement peu agi pour détruire cette hydre vert foncé. 

Seconde information : si les membres de l'EI sont répartis de façon à peu près équilibrée entre l'Irak et la Syrie, on peut considérer qu'il y a entre 15 et 20 000 combattants de Daech présents principalement autour de Raqqa. C'est donc bien moins que les autres terroristes islamistes présents en Syrie, dont le général Castres nous dit qu'ils sont probablement autour de 80.000 dans les zones que nos médias et nos représentants politiques qualifient facilement de "rebelles". On a donc un rapport de 1 à 4 entre les islamistes de l'État islamique et les "autres" (dont une écrasante majorité, autour du Front al-Nosrah, sont affiliés officiellement ou officieusement à al-Qaïda, berceau originel... de Daech). Les chancelleries occidentales, si elles tenaient compte des chiffres que leur fournit le renseignement notamment militaire, devraient en conséquence tenir des propos beaucoup plus proches de ceux tenus par Sergeï Lavrov ou... Bachar el-Assad lui-même. [...] 

Troisième information : il reste donc à peu près 20.000 rebelles dits "modérés" d'après le renseignement militaire français. C'est peu... d'autant qu'ils combattent dans les mêmes zones que les 80.000 "terroristes", dont ils sont de facto les alliés sur le terrain. [...] 

La veille de cette édifiante audition du Général Castres, le 15 décembre 2015, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian était lui-même auditionné devant cette même Commission du Sénat. Si l'on croise leurs deux déclarations, et compte tenu du fait que notre ministre ne pouvait ignorer ces informations du renseignement militaire, le grand écart devient inquiétant. 

[...] comment croiser [...] la déclaration du ministre de la Défense sur le renforcement de l'aide aux "insurgés" et celle du général Castres sur les 80.000 terroristes parmi les 100.000 "rebelles" sans conclure à l'impossibilité manifeste d'un tel croisement... sauf à comprendre que la France et les pays occidentaux soutiennent directement ou indirectement le terrorisme islamiste. 

[...] Comment ne pas s'interroger sur la fonction de "leurre" de l'État islamique ? Daech et ses modes d'actions terrifiants et spectaculaires ne sont-ils pas au moins partiellement le paravent horrifiant qui cristallise l'attention populaire, médiatique et politique, la détournant ainsi d'une entreprise bien plus grave de déstabilisation profonde de la région et du monde. Daech fait oublier al-Qaïdaqui agit en deuxième (et performant rideau), de manière rhizomique. Ses multiples avatars désormais labellisés "rebelles", "insurgés", ou "islamistes modérés" en sont par contraste, redevenus fréquentables et poursuivent leur démembrement méthodique de l'État. »
En focalisant l'attention publique sur le combat (assez mou) des forces occidentales contre Daech, et en entretenant le mythe de rebelles « modérés » (certes existants, mais très minoritaires et collaborant de fait avec les islamistes), on a habilement fait oublier le gros des « insurgés » que l'on soutient, et qui sont affiliés à Al-Qaïda. Daech a ainsi permis d'occulter le travail de sape mené en Syrie par les soi-disant « rebelles », composés en vérité à 80 % de terroristes reconnus comme tels. 

D'autres articles ont récemment paru, qui tordent le cou à cette propagande. Le 15 mars 2016, Jamal Maarouf, ancien membre de l'Armée syrienne libre, déclarait dans Le Monde, que celle-ci était désormais « sous la coupe d'Al-Nosra » :
« Les chefs actuels de l'ASL sont obligés de composer avec Nosra, qui prélève une partie de l'aide humanitaire et militaire qui leur est envoyée.Les leaders de Nosra leur laissent les missiles TOW car ils ne sont pas bêtes. Ils savent que s'ils les saisissent, les livraisons cesseront aussitôt. Et ils ont besoin de ces missiles pour détruire les tanks du régime. En gros, Nosra dit à l'ASL où et comment les utiliser. »
RFK Jr. avait aussi, de son côté, dénoncé le portrait « délirant » fait par la presse de l'Armée syrienne libre, composée de bataillons unis de Syriens soi-disant modérés. 

Le 21 décembre 2015, on apprenait en Belgique, dans Le Vif, qu'« une majorité des rebelles syriens [étaient] favorables à l'idéologie de l'EI ». L'information émanait d'un rapport du think tank Centre on Religion and Geopolitics, et avait été relayée par plusieurs médias britanniques, comme le Guardian le 20 décembre 2015. Extrait :
« Au moins 15 milices, représentant environ 65.000 combattants, pourraient combler un vide laissé par l'Etat Islamique. "L'Occident risque de réaliser une erreur stratégique en ne se focalisant que sur la lutte contre l'EI. Défaire l'organisation militairement ne mettrait pas un terme au jihadisme global [...]", estime le think tank, qui fait partie de la Faith Foundation de l'ancien Premier ministre Tony Blair.

"Le plus grand danger pour la communauté internationale ce sont les groupes qui partagent l'idéologie de l'EI, mais sont ignorésdans la bataille pour défaire l'organisation terroriste", ajoute le Centre on Religion and Geopolitics. »
Mais, plus tôt encore, dès le 29 octobre 2015, c'est la députée non-inscrite de Vendée Véronique Besse, qui, à son retour de Syrie, où elle avait rencontré avec deux autres députés Bachar el-Assad, avait osé déclarer : « La France soutient des groupes modérés soi-disant modérés -mais qui sont proches d'Al-Qaïda et donc proches de l'État islamique ». « La France soutient notamment Al-Nosra », avait-elle ajouté. Des propos qui lui avaient attiré les foudres de la présidente de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, Elisabeth Guigou. Cette dernière avait en effet « condamné avec force [d]esallégations scandaleuses », « indignes », qui étaient « la preuve directe [d'une] instrumentalisation par le chef du régime syrien, co-responsable de la poursuite de la guerre et de son cortège d'atrocités ». 

Une rhétorique usée jusqu'à la corde, que déplorait également Caroline Galactéros dans son article, en notant que « le déni de réalité est un pêché fort répandu et [qu']il reste plus facile d'accuser les journalistes de France 2 de reprendre la propagande du régime syrien que d'admettre un biais politique ou un déficit d'intelligence de situation (comme il fut d'ailleurs plus facile il y a quelques semaines d'accuser les journalistes de Canal + de reprendre la propagande du Kremlin dans leur reportage sur la révolution du Maïdan et la guerre civile ukrainienne dans le Donbass.  » 

De la propagande organisée à la satire déguisée : une désinformation multiforme 

La première victime de la guerre, entend-on parfois, c'est la vérité. En effet, chaque camp y va de sa désinformation pour tromper l'ennemi, et de sa propagande pour mettre les opinions publiques de son côté. Celui qui dit la vérité pourra ainsi facilement être discrédité en arguant qu'il reprend à son compte la propagande de l'ennemi. Salir le messager pour éviter d'avoir à considérer son message : la technique est connue. 

Nous avons aussi vu, avec les e-mails mis en ligne par WikiLeaks, que des erreurs d'interprétation (de l'auteur du message ou de sa date) étaient possibles, qui constituaient un motif supplémentaire de désinformation (chacun reprenant à son compte l'interprétation erronée). Et c'est sans compter sur les sites spécifiquement dédiés à la propagande, que l'on ne détecte pas toujours au premier coup d'œil, comme nous l'avons vu dans un précédent article avec le cas d'AWD News

Il est si facile de se faire piéger que c'est ce qui est arrivé au célèbre philosophe slovène Slavoj Žižek, dans un article paru le 9 décembre 2015 dansNews Statesman, et intitulé « We need to talk about Turkey ». Voici ce qu'écrivait Žižek :
« En octobre 2015, Hakan Fidan, le chef de l'Organisation nationale du renseignement et l'allié le plus loyal du président turc, a condamné l'intervention russe en Syrie, accusant Moscou d'essayer de "réprimer" la révolution islamiste syrienne. "L'EIIL est une réalité et nous devons accepter que nous ne pouvons pas anéantir une création bien organisée et populaire telle que l'État islamique ; donc je recommande vivement à mes collègues occidentaux de revoir leur mentalité au sujet des courants politiques islamiques, mettre de côté leur mentalité cynique et contrecarrer les plans de Vladimir Poutine d'écraser les révolutionnaires islamistes syriens", a déclaré Fidan dimanche, selon Anadolu News Agency. »
En fait, si l'on clique sur le lien censé renvoyer à l'Anadolu News Agency, on tombe sur un article de l'inévitable AWD News du 18 octobre 2015, qui, comme à l'accoutumée, ne renvoie pas vers la supposée source initiale. En l'espèce, cette source première n'existe pas : la déclaration d'Hakan Fidan est une pure invention de la part d'AWD News. Le site News Statesman a rapidement corrigé l'erreur, de manière transparente, avec une note au bas de l'article. L'agence de presse turque a également tenu à dénoncer cette désinformation. 

« Disclaimer » - World News Daily Report 

Plus comique, on pouvait récemment lire au détour d'un site dissident, se présentant comme « un groupe de réflexion stratégique au profit de toutes les organisations patriotiques », qui « se donne pour objectif de faire émerger de nouvelles élites  », un article au titre aguicheur : « Edward Snowden affirme que Ben Laden serait toujours en vie », et dont la source était, cela ne s'invente pas, AWD News en date du 18 mars. La source originale, qu'une rapide recherche sur Google permet de retrouver, est en fait un article du site World News Daily Report, daté du 25 août 2015 et signé Barbara Johnson. La présentation de la journaliste, lanceuse de scoops, ne manque pas de saveur :
« Barbara Johnson est une jeune journaliste qui s'est fait un nom grâce à ses recherches minutieuses et son style d'écriture soutenu.Ancienne pornstar, elle a rapidement atteint le sommet dans sa nouvelle profession grâce à sa beauté et à ses compétences "sociales". »
Vous l'aurez peut-être compris, Barbara Johnson, l'ancienne pornstar reconvertie avec succès dans le journalisme grâce à ses talents relationnels, n'existe pas... et World News Daily Report s'avère être un site 100 % satirique. Il faut certes fouiller un peu dans un recoin du site pour dénicher la vérité cachée ; c'est un court paragraphe dans la rubrique « Démenti » qui nous avertit :
« WNDR assume [...] toute la responsabilité de la nature satirique de ses articles et de la nature fictive de leur contenu. Tous les personnages apparaissant dans les articles de ce site - même ceux basés sur des personnes réelles - sont entièrement fictifs et toute ressemblance entre eux et toute personne, vivante, morte, ou morte-vivante, serait purement miraculeuse. »
Ce site, discrètement loufoque, est régulièrement repris comme une source fiable, comme l'a fait le site alternatif Le Nouvel Ordre Mondial le 26 août 2015, en diffusant la pseudo révélation de Snowden sur Ben Laden. A en croire les statistiques affichés au-dessus de l'article, celui-ci aurait été « liké » 31.000 fois et partagé 93.800 fois sur Facebook (des chiffres colossaux), et retweeté 644 fois, ce qui fait suspecter une absence totale de vérification de la part de ces internautes, qui n'ont pas encore acquis les bons réflexes. Parmi les personnes qui ont fait circuler l'intox sur Twitter, on retrouve étrangement, non plus un philosophe star, mais un écrivain renommé : Régis Jauffret

Au milieu des révélations qui abondent sur la Toile, entachées d'autant de désinformations, la morale du funambule s'affirme invariablement comme notre boussole la plus sûre. De l'audace face au conformisme, certes, mais de la réserve aussi face à toute information qui ne nous convient que trop bien, parce que sensationnelle, révélatrice d'un noir secret, ou que sais-je... Rien ne remplace la pratique, qui assouplit petit à petit l'esprit et le rend de plus en plus apte à affronter les périls. Sur le chemin, se forme - à son rythme - le citoyen vigilant, cauchemar des pouvoirs et pilier de la démocratie.