Marasine

Marasine

Nouvelles de Syrie : Formidable retournement (de veste et d'autre chose) qui se prépare, grande spécialité occidentale si l'en est

Nouvelles de Syrie : Alep, la mère de toutes les batailles 

Chroniques du Grand Jeu mer., 13 juil. 2016 18:47 UTC

Depuis que Russes et Iraniens sont massivement intervenus à l'automne dernier pour sauver le soldat Assad et son régime laïc, assailli par les hordes sunnito-pétromonarchiques à la sauce turco-US, les observateurs devinaient que la bataille d'Alep déciderait du sort du conflit. 

Il fallait d'abord desserrer l'étau djihadiste autour des principales villes syriennes, ce qui a été fait durant les premiers mois. Désormais, 80% de la Syrie utile est aux mains des loyalistes, sécurisée, bunkerisée presque. Damas, Homs, Hama et Lattaquié sont presque aussi sûres que Paris ou Berlin. 

La phase suivante consistait à reconquérir les territoires perdus. Si d'incontestables avancées ont eu lieu (Palmyre, Goutha, Qalamoun, nord de la province de Lattaquié, alentours d'Alep pour l'armée syrienne ; frontière syro-turque pour les Kurdes), force est de reconnaître que les djihadistes "modérés" si chers à l'Occident, et d'ailleurs armés par lui, ont offert une grande résistance. Comme le dit si bien l'excellente Caroline Galacteros :
L'ennemi [le djihadiste, ndlr] ne voit nulle perte dans sa propre mort. Il ne se sacrifie pas. Il saisit en mourant l'occasion d'échapper à l'égarement ou l'exploitation que lui propose la modernité occidentale. Nous devrions prendre bien plus au sérieux que nous ne le faisons ces argumentaires qui semblent délirants à nos sociétés ultra-individualistes mais portent une forme d'héroïsme désespéré mais agissant.
Les soldats d'Assad, comme le Hezbollah, les Iraniens ou les Kurdes, sont certes durs au mal et prêts à se sacrifier pour leur cause, mais ils ne sont pas suicidaires. Ils ressemblent de ce point de vue bien plus aux armées occidentales dépeintes par l'analyste qu'aux fous de Dieu capables de se faire sauter avec allégresse pour rejoindre leurs 99 vierges... 

En additionnant Daech, Al Qaeda et Ahrar al-Cham, nous avons affaire à des dizaines de milliers de kamikazes potentiels, prêts à se lancer sur les lignes ennemies à bord de véhicules bourrés d'explosifs ou à mourir pour faire simple diversion. Rarement, sinon jamais, une guerre aura été menée dans ces conditions, ce qui explique la lenteur de la reconquista par les forces loyalistes. 

Et pourtant, elles y arrivent, ce qui en dit long sur leur qualité de combattants... A ce propos, certains en Israël sont sans doute en train de suer à grosses gouttes quand ils envisagent le retour au Liban de cette génération de combattants du Hezbollah, aguerrie comme jamais au feu syrien. Si le parti de Nasrallah saigne incontestablement (1 500 morts ?), les gains matériels et l'expérience qu'il retire du conflit syrien pourraient asseoir encore un peu plus sa prééminence au pays du Cèdre. 

En Syrie, donc, les loyalistes progressent un peu partout. L'abcès de la Ghouta, à l'est de Damas, ne sera bientôt plus qu'un souvenir si l'armée continue son avance. Notons que l'éradication de cette poche, lieu symbolique de la rébellion et lieu de la vraie-fausse attaque chimique de 2013 rappelons-le, serait un coup énorme porté au moral des djihadistes modérés et immodérés. 

A Deir ez-Zor, l'armée résiste assez héroïquement à Daech depuis des années et continue d'infliger de sérieuses pertes aux petits hommes en noir qui aimeraient tant enfin réduire ce point de résistance et multiplient pour ce faire les offensives ratées. Dans la région de Palmyre, c'est plus serré, l'EI faisant preuve d'une réelle résilience. Les daéchiques y ont abattu un hélicoptère, tuant deux pilotes russes, il y a quelques jours et continuent de harceler les forces syriennes. Les bombardiers Tupolev ont dû entrer en action et déverser leur cadeaux sur les turbulents djihadistes afin de les assagir. 

Commentaire : Syrie: L'aviation russe bombarde Daesh à Palmyre
Les bombardiers russes furent de retour en Syrie hier, mardi 12 juillet, pour une sortie éclaire contre l'état islamique dans la région de Palmyre, bloquant ainsi leur avancée vers la ville. Cette première sortie depuis l'adoption du régime de silence en février est un signal politique fort adressé à la coalition américaine: s'ils ne combattent pas les terroristes, l'armée russe peut être de retour à tout moment.
Mais c'est évidemment à Alep que beaucoup se joue. Les groupes rebelles, désespérés d'être pris au piège, lancent attaque sur attaque, qui échouent les unes après les autres, prélevant au passage leur quota de morts. La ville des savons se transforme peu à peu en Stalingrad où chaque bâtiment, chaque rue est l'objet d'intenses combats (c'est en russe mais les images parlent d'elles même) : 


Que ce verrou du nord soit repris et c'est le début de la fin pour l'insurrection djihadiste. C'est sans doute la raison pour laquelle le Hezbollah est en train de dégarnir ses autres fronts afin de se concentrer sur Alep. Bien sûr, il restera la province d'Idlib - où les chefs d'Al Qaeda et d'Ahrar al-Cham sont d'ailleurs mystérieusement assassinés les uns après les autres - mais celle-ci est isolée du reste du pays. Son seul atout jusqu'à maintenant était d'être accolée à la Turquie, mais quid désormais de la politique d'Ankara après le diplomatiquement spectaculaire rabibochage avec Moscou ? 

Car derrière les combats homériques livrés sur le terrain, de non moins shakespeariennes manœuvres ont lieu en coulisses, dont nous ne pouvons esquisser que les contours, simples béotiens que nous sommes. Une chose semble évidente : la tendance est à l'alignement du "camp du Bien" sur les positions russes et non l'inverse. Un faisceau de signes indique qu'il ne s'agit pas ici d'une diversion mais bien d'un réel retournement :
  1. Pour la première fois, Kerry, peut-être accidentellement mais en tout cas publiquement, a plus ou moins mis dans le même sac Ahrar al-Cham et Jaysh al-Islam - mouvements islamistes-salafistes que Washington ne considère pourtant pas comme terroristes - et Al Nosra et Daech. Or c'est exactement ce que Moscou affirme depuis des mois. Est-ce un feu vert tacite ? Vlad, tu as carte blanche pour bombarder ces groupes, nous ne dirons plus rien. Notez le lancinant regret du néo-con Washington Post...
  2. Déjà en avril, lors d'un point presse qui avait échappé à votre serviteur, le porte-parole de l'armée US en Irak avait reconnu qu'Alep était principalement tenue par Al Nosra : "That said, it's primarily al-Nusra who holds Aleppo, and of course, al-Nusra is not part of the cessation of hostilities."
  3. Le nouveau Premier ministre turc, mielleux comme jamais, a déclaré qu'Ankara cherchait la réconciliation avec ses voisins, y compris la Syrie ! Quant aux Saoudiens, ils brillent par leur silence depuis quelques temps (leur agonie yéménite y est peut-être pour quelque chose...)
  4. Hollande admet enfin qu'Al Qaeda est un danger.
  5. La presse occidentale, habituelle porte-voix de l'empire, est à peu près muette sur l'offensive syrienne alors qu'elle aurait poussé des cris d'orfraie il y a encore quelques mois. Pire, avec six ans de retard Amnésie Amnesty International dénonce les "crimes de guerre" des rebelles modérés qui ne sont soudain plus si modérés. Voir en fin de page...

Commentaire : Un autre signe de ce retournement de situation serait des négociations secrètes autour de la Syrie. Le Réseau Voltaire nous informe que :
Plusieurs États membres de la Coalition internationale contre la République arabe syrienne ont débuté des négociations secrètes avec elle au cours des dernières semaines en vue de se retirer la guerre. 

Parmi ces États figurent des membres de l'Union européenne et du Commonwealth. 

Trois de ces voyages ont été révélés par Gulf News et Al-Mayadeen, dont : 
- un déplacement du général Ali Mamelouk —coordinateur des services secrets syriens— à Berlin ; 
- un déplacement du général Mohammed Dib Zaitoun —directeur général de la sécurité syrienne— à Rome ; 
- un déplacement du général Alberto Manenti —directeur de l'Agenzia Informazioni e Sicurezza Esterna— en avion spécial depuis Rome à Damas. 

La Haute Représentante de l'Union européenne, Federica Mogherini, est ancienne ministre italienne des Affaires étrangères. 

Tous ces voyages font suite au Brexit. Ils ne sont que la face cachée de l'iceberg. 

Tous les négociateurs interprètent le communiqué de Genève comme devant déboucher non pas sur un changement de régime, mais sur la création d'un gouvernement d'union nationale sous la présidence de Bachar el-Assad. 

Un officier syrien est déjà en poste dans une capitale européenne pour coordonner la lutte contre les jihadistes. 

Ces contacts contreviennent aux sanctions officiellement décrétées contre Damas.
Bien sûr, tout ne se fera pas du jour au lendemain, on entendra encore - de plus en plus rarement - des "Assad doit partir"... Mais le changement d'atmosphère est frappant.
Assiste-t-on aux prémices d'une psy-op visant à préparer l'opinion publique au formidable retournement (de veste et d'autre chose) qui se prépare, grande spécialité occidentale si l'en est ?
Les néo-cons US ont-ils été mis en échec par les éléments plus modérés ?
La mutinerie des diplomates et les règlements de compte au sein de l'establishment indiquent assez clairement que les Etats-Unis ont perdu le contrôle de la situation (ou l'illusion du contrôle).
Le sultan a-t-il définitivement fait une croix sur ses ambitions ottomanes syriennes ? 

L'avenir apportera des réponses à toutes ces interrogations. Mais il semble que les ingérences extérieures du "camp du Bien" se feront de plus en plus rares en Syrie, ouvrant la voie à la reconquête du pays par les forces loyalistes. Place au bruit des canons...

Avec six ans de retard Amnésie Amnesty International dénonce les "crimes de guerre" des rebelles modérés qui ne sont soudain plus si modérés.

 

Toutefois, Amnesty reste sur ses positions : le "Régime" syrien est AUTANT coupable que les terroristes...

 

It condemned the impunity on all sides of the war in Syria.

 

“Justice for the hundreds of thousands of victims remains elusive as neither the Syrian government nor armed groups have been held accountable for their crimes,” the rights group wrote.

 

Amnesty accused the Syrian government of carrying out the majority of human rights violations. It also said Russia has committed violations that are likely war crimes in its bombing campaign.

 

While there has been a lot of attention in the Western media to crimes committed by the Syrian government and its allies, there has been much less attention to the crimes of Western-backed rebels.

 

Amnesty called on the International Syria Support Group — particularly the U.S., Saudi Arabia, Qatar, Turkey, the U.K. and France — to “immediately cease the transfer of arms, munitions and other military equipment, including logistical and financial support, to armed groups implicated in committing war crimes and other serious human rights abuses and violations of international humanitarian law.”

 

The rights group emphasized that Syrian rebel groups “and the international community, particularly those governments that support them militarily and financially, must address the abuses they are committing without delay.”

 

Le rapport complet  en ligne



14/07/2016
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour