Marasine

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Quitter l’Irak et s’installer à Voronej

Les grands espaces russes ont toujours attiré les étrangers : ils sont tout aussi nombreux aujourd’hui qu’à l’époque des tsars à quitter, pour un temps ou pour la vie, leurs confortables appartements de Londres ou de Graz pour s’installer au fin fond de la Russie. Nous avons réuni les témoignages d’étrangers qui vivent à Belgorod, Lipetsk et Voronej – trois régions russes situées dans le fameux pays des terres noires


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Mohammed Jamil est diplômé de l’université de Bagdad. À 46 ans, il enseigne la langue arabe en faculté des relations internationales à l’université d’État de Voronej. Marié à une Russe, ils ont trois enfants, dont deux fils qui vont déjà à l’école. Mohammed a confié à Rousskaïa Planeta ce qu’il apprécie en Russie.

Crédits : Musée des sciences Einstein

Crédits : Musée des sciences Einstein

Sur la langue russe

J’ai fait connaissance avec la langue russe au collège, en quatrième. Pourquoi est-ce que j’ai choisi d’étudier précisément le russe ? C’est probablement le destin. Je sentais une proximité avec cette langue. En plus, il se trouvait que l’école russe était près de chez moi, alors que la française était très loin, et l’espagnole, carrément à l’autre bout de Bagdad !

Sur ses premières impressions

Je suis venu pour la première fois en Russie en 1989, pour un stage à Moscou. J’arrivais du désert, et je suis tombé dans un jardin. Pour moi, c’était une ville dont j’aurais à peine osé rêver. J’étais en troisième année à l’université, à l’époque. J’y ai passé deux mois, puis je suis rentré chez moi. Il s’est passé 13 ans, ensuite, avant que je ne revienne – à Voronej. La ville m’a alors fait les mêmes impressions que Moscou. J’ai beaucoup de connaissances, ici – la majorité d’entre eux, d’ailleurs, sont arrivés à l’université de Voronej avec la délégation irakienne.

Sur le climat et les skin heads

La seule chose qui m’a dérangé en arrivant, c’est le climat. Il fait froid, ici. Et puis, j’ai eu des difficultés dans les questions quotidiennes – je vivais en foyer étudiant. J’avais aussi des soucis matériels. Il y a dix ans, il y avait dans la ville un mouvement de skin heads assez puissant, qui persécutaient tous les étrangers. Mais vu que je ne sortais de chez moi que pour aller étudier, je n’ai jamais été confronté personnellement à ce genre de choses.

Sur les transports en commun, le chemin de fer et le métro moscovite

Je pense que le problème, ici, n’est pas lié à Voronej en soi, mais à la globalisation. Citez-moi une grande ville sans embouteillages, sans cohue… Ces problèmes se retrouvent partout où il y a de la circulation : ici, en Orient… Partout, il y a des gens qui peuvent se permettre de se déplacer en voiture et d’autres qui prennent les transports en commun. Le chemin de fer, en Russie, c’est quelque chose de splendide, comme le métro, d’ailleurs. J’ai été à Londres : eh bien, leur métro, en comparaison avec celui d’ici – c’est le jour et la nuit !

Sur la politique

C’est le début de la fin qui a commencé – les USA ont dépassé toutes les limites. Il était temps de mettre fin à ce qui se passe dans le monde. Et j’ai toujours dit que personne d’autre que la Russie ne pourrait le faire. Tous mes amis sont de cet avis, d’ailleurs. La Russie, c’est un pays pas simple – elle n’est ni faible, ni pauvre ; là-dessus, elle possède tous les avantages. En ce qui concerne l’interdiction éventuelle d’Internet – je pense que ça n’arrivera pas. La Russie sait bien ce qu’elle fait, et il y a des gens dans ce pays qui agissent en conscience, de façon pensée et sensée.

Sur la guerre et le mal du pays

Emmener mes enfants en Irak : c’est mon rêve du moment. Je leur ai beaucoup parlé de Bagdad, des Mille et une nuits, du Tigre et de l’Euphrate, de la Mésopotamie. Mais malheureusement, c’est la guerre, là-bas, et je ne peux pas mettre les enfants en danger.

Sur les promenades dans la nature et les chachliks

C’est à Voronej que j’ai compris précisément que le soleil non seulement se couche, mais aussi se lève. Peut-être qu’autrefois, je ne le ressentais pas aussi bien que maintenant. En arrivant en Russie, j’ai pu faire des choses bien, me rendre utile à l’humanité. Je sens que je réussis mieux que les autres étrangers qui arrivent ici, dont certains n’ont même pas de formation secondaire ou universitaire. Ces derniers temps, j’aime aller me reposer dans la nature et faire des brochettes – des chachliks. En Irak, je ne faisais jamais ça, mais en Russie, je me suis mis à le faire très souvent. Bien sûr, je fais du sport, je lis, j’écoute de la musique, je vais au cinéma… mais la meilleure façon de passer mon temps libre à Voronej, pour moi, ce sont précisément ces moments de repos dans la nature.



19/11/2014
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