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Saakachvili à Odessa et le spectre de la Transnistrie

« L’attitude de Kiev est très offensive, et le blocus de ce territoire pourrait être considéré comme un acte de guerre par Moscou et, surtout, par la Transnistrie elle-même »

Samedi 30 mai, le président ukrainien Petro Porochenko a nommé au poste de gouverneur de la région d’Odessa l’ex-président géorgien (2004-2013) Mikhaïl Saakachvili, naturalisé ukrainien la veille. Une nomination qui risque d’embraser le conflit en Transnistrie.

Président ukrainien Petro Porochenko a nommé au poste de gouverneur de la région d'Odessa l'ex-président géorgien Mikhaïl Saakachvili. Crédits : president.gov.ua

Le président ukrainien Petro Porochenko et le nouveau gouverneur de la région d’Odessa, l’ex-président géorgien Mikhaïl Saakachvili, devant le bâtiment de l’administration d’Odessa, le 30 mai. Crédits : president.gov.ua

La capitale de la mer Noire

« Appelez-moi Micha » : c’est un Mikhaïl Saakachvili détendu, chemise ouverte, qui est apparu samedi 30 mai devant les journalistes rassemblés sur le parvis de l’administration régionale d’Odessa. « Je veux que les gens sachent que ce sont eux, mes patrons. Je suis venu servir la population d’Odessa, et elle peut compter sur moi », a-t-il proclamé, en russe.

Quelques heures auparavant, le président ukrainien Petro Porochenko l’avait personnellement nommé gouverneur de cette région dans la grande salle de l’administration, pleine à craquer pour l’occasion. « Il s’agit d’un homme qui a changé son pays [la Géorgie] en termes de transparence, d’efficacité, de lutte contre la corruption, d’attraits de nouveaux investissements, d’établissement d’une justice équitable, de défense des droits de ses citoyens et de démocratie. C’est ainsi que je veux voir l’Ukraine, c’est ainsi que je veux voir Odessa », a déclaré le chef de l’État ukrainien, avant de laisser la parole au vieil ami avec qui il a partagé les bancs de l’Université nationale Taras-Chevtchenko de Kiev, à la fin des années 1980.

« Ma mission est de faire d’Odessa la capitale de la mer Noire, a martelé d’emblée Mikhaïl Saakachvili, en ukrainien. Notre but est de tourner la page des conflits et d’unir la société, indépendamment de la langue parlée et de l’appartenance ethnique. »

Un pari risqué, estime néanmoins Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe, qui rappelle que la population locale est toujours sous le choc de l’incendie de la Maison des syndicats qui avait coûté la vie à 48 personnes, le 2 mai 2014. « Beaucoup de gens pourraient considérer comme déplacée l’arrivée d’un étranger sans attache locale à ce poste », a-t-il précisé au Courrier de Russie.

Le dégel

Transnistria-map-2

À cela vient s’ajouter, selon l’expert, un risque encore plus grand : que la situation explosive d’Odessa ne fasse la jonction avec le conflit gelé de la région voisine de Transnistrie [ou République moldave du Dniestr/RMN], qui souhaite son rattachement à la Russie, située à une centaine de kilomètres seulement du port ukrainien. Une inquiétude d’autant plus fondée que Kiev a décidé de rompre, le 21 mai dernier, tous ses accords de coopération militaro-technique avec la Russie, notamment celui sur le transit via l’Ukraine de militaires russes et de marchandises par voie ferrée vers la RMN. « Ces deux dossiers sont susceptibles de jeter de l’huile sur un feu déjà très vif. L’attitude de Kiev est très offensive, et le blocus de ce territoire pourrait être considéré comme un acte de guerre par Moscou et, surtout, par la Transnistrie elle-même », craint Arnaud Dubien.

L’actuel président ukrainien n’a jamais caché sa position concernant ce territoire non reconnu, où sont stationnés, depuis 1992, entre 1000 et 1500 soldats russes, principalement des forces de maintien de la paix. Petro Porochenko a notamment réaffirmé récemment, en marge d’une rencontre avec son homologue roumain Klaus Iohannis le 17 mars dernier, sa volonté de « dégeler » le conflit en Transnistrie afin de « rendre à la Moldavie sa souveraineté territoriale ».

Un scénario qui, s’il semblait peu probable lors du mandat de l’ex-gouverneur d’Odessa Ihor Palytsia, qui entretenait des relations amicales avec le leader transnistrien Evgueni Chevtchouk, pourrait bien se réaliser avec l’arrivée d’un Saakachvili très peu tolérant vis-à-vis du séparatisme pro-russe. « Saakachvili a une profonde envie de revanche, par rapport à la guerre de 2008 avec la Russie et sa défaite aux législatives géorgiennes de 2013. C’est ce qui le fait courir, et Odessa est perçue comme une étape dans ce projet », estime Arnaud Dubien.

 


04/06/2015
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