Le 27 décembre 2016 – Source Moon of Alabam

 

Comme prévu par les forces russes, Alep-Est a été libéré avant Noël. C’en est fini des décapitations par les Takfiris d’Alep-Est. A la place, il y a eu une messe de Noël dans la cathédrale Saint Élie, en partie détruite, de la vieille ville.

 

Au total, environ 88 000 personnes ont quitté la zone pendant l’évacuation d’Alep-Est. Selon le Comité international de la Croix-Rouge, quelque 35 000 (13 000 militants et leurs familles immédiates) sont parties vers des zones tenues par al-Qaïda dans le gouvernorat d’Idleb. L’Organisation de secours humanitaire de l’ONU a constaté que 54 000 personnes sont entrées dans Alep-Ouest qui est tenue par le gouvernement.

 

Actuellement, la zone est fouillée par des équipes de sapeurs-démineurs qui ont trouvé des bombes bien cachées. Plusieurs ont explosé et tué des dizaines de soldats de l’armée syrienne. On a découvert des charniers où s’entassaient des corps de soldats syriens et de civils exécutés par al-Qaïda, Ahrar al Sham et d’autres groupes soutenus par les États-Unis, vraisemblablement peu de temps avant leur évacuation. Le gouvernement syrien aurait voulu négocier leur libération avant l’évacuation. Mais il était plus que probable que la prolongation de la présence des Takfiris pendant les négociations aurait engendré beaucoup de morts supplémentaires et, par ailleurs, la politique internationale exigeait une solution rapide de la crise.

 

On a trouvé de nombreux entrepôts d’armes et de nourriture ainsi que des cliniques de soins intactes. Les combattants et leurs familles étaient de toute évidence très bien approvisionnés et équipés pendant que le reste de la population manquait de tout. La valeur des armes et les munitions trouvées (vidéo d’une seule cachette – 12) – fabriquées principalement en Bulgarie, payées par les Saoudiens et transportées et distribuées par les États-Unis – est estimée à environ 100 millions de dollars.

 

Les forces turques et certaines de leurs forces islamistes syriennes par procuration tentent de prendre al-Bab, à l’est d’Alep, aux forces d’État islamique. Leur opération « Bouclier de l’Euphrate » rencontre beaucoup de difficultés. Leurs forces par procuration se sont enfuies au lieu de combattre ISIS. Le 22 décembre, un kamikaze a tué environ 16 soldats turcs. Au total, quelque 80 à 90 soldats turcs ont été tués pendant cette courte campagne – plus de pertes que les Russes en ont subies depuis le début de leur campagne en Syrie, il y a plus d’un an. 

 

Dix des chars les plus modernes de l’armée turque, des Léopard 2A4 de construction allemande, ont été endommagés ou détruits par les forces d’ISIS. Ces dernières utilisent des missiles antichars TOW fabriqués par les États-Unis et fournis par la CIA aux « rebelles modérés » qui combattent le gouvernement syrien. Des images réalisées par ISIS de dégâts causés par les combats dans Al-Bab montrent des « Casques blancs » soutenus par G.B. / U.S. en train de faire des opérations de « sauvetage ».

 

L’armée turque vient d’envoyer 500 forces spéciales supplémentaires ainsi que de l’artillerie pour prendre al-Bab. Les avions turcs ne sont pas autorisés dans l’espace aérien syrien et les États-Unis ont refusé tout soutien aérien à la Turquie. Aujourd’hui, les forces aériennes russes (!) ont offert un soutien aérien aux troupes turques qui combattent ISIS à al-Bab. (Rappelez-vous que les propagandistes néo-cons prétendaient que la Russie donnait un soutien aérien à ISIS.)

 

Dans l’est de la Syrie, ISIS essaie à nouveau de prendre l’enclave détenue par le gouvernement à Deir Ezzor, mais n’a pas réussi jusqu’à présent à faire la moindre avancée. Les forces kurdes des YPG et des groupes mercenaires tribaux qui portent le nom (assez amusant) de Forces démocratiques syriennes, toutes deux sous commandement américain, s’approchent lentement de la ville de Raqqa tenue par ISIS.

 

Peu de temps avant Noël, le président des États-Unis a signé une nouvelle directive autorisant la distribution de systèmes portables de défense anti-aérienne (Manpads) aux « rebelles modérés » en Syrie. Comme pour les TOW que la CIA a distribués aux « rebelles modérés », certains de ces MANPADS finiront inévitablement dans les mains d’ISIS et il y a un risque qu’ils soient utilisés contre des avions civils en dehors de la Syrie. Les YPG / SDF kurde veulent également de telles armes bien que leur seul ennemi potentiel qui possède des forces aériennes soit l’armée turque de l’OTAN. Les Russes considèrent la distribution de MANPADS à leurs ennemis en Syrie comme un « acte hostile » et réagiront probablement en conséquence.

 

Avec l’augmentation de ses pertes en Syrie, le président turc Erdogan se met à accuser les États-Unis de soutenir ISIS et d’autres groupes terroristes en Syrie – les groupes qu’Erdogan lui-même avait soutenus jusqu’au coup d’État contre lui probablement inspiré par les États-Unis. Ses incessants revirements idéologiques (pro-ISIS / anti-ISIS, pro-russe / anti-russe / pro-russe, etc.) affectent ses partisans. (Les problèmes économiques n’aident pas non plus.) On peut penser que l’assassinat récent de l’ambassadeur russe en Turquie par un policier islamiste est la conséquence de cette confusion.

Les partisans d’Erdogan ne sont pas les seuls à ne plus s’y retrouver entre les différents acteurs, alliés et intérêts en Syrie. Elijah Magnier a fait un topo de fin d’année perspicace sur l’actuel « équilibre régional et international au Levant ». 

 

La première partie couvre Les revirements turcs dans la guerre syrienne et la deuxième partie Le rôle de la Russie dans la guerre syrienne et les différences dans la tactique envers l’Iran. Il conclut :

Il y aura encore des combats en Syrie mais on peut voir se dessiner un accord de paix à l’horizon 2017. Parfois, la diplomatie nécessite le langage des armes et du feu pour imposer la paix aux participants. Une chose est certaine: les djihadistes ne déposeront pas les armes pour la bonne raison que cela ferait disparaître l’essence de leur idéologie : ils seraient obligés de quitter la Syrie pour un autre pays.

Le premier choix des Takfiris qui quitteraient la Syrie serait la Turquie où ils ont une base de soutien et de nombreux partisans de leur idéologie. Avec sa guerre contre la Syrie et son soutien aux islamistes radicaux, Erdogan a placé son pays dans la situation même où le Pakistan s’était mis lorsque Muhammad Zia-ul-Haq soutenait les Moudjahidines fournis par la CIA en Afghanistan contre le gouvernement afghan progressiste, en 1978. Résultat, le Pakistan fait face, depuis, à une insurrection lente, bouillonnante et mortelle. Il faudra probablement des décennies à la Turquie pour débarrasser le pays autrefois laïc d’un tel cancer mortel.

 

Traduction : Dominique Muselet