Sana / Expressenlun., 27 avr. 2015 05:23 UTCCarteTraduction : Mouna Alno-Nakhal
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Le Président syrien, Bachar al-Assad, a accordé une entrevue télévisée au quotidien suédois Expressen. Une première partie a été publiée en anglais et en arabe par l'Agence syrienne Sana ce 17 avril, le tout n'ayant été publié que le lendemain.

Voici la traduction du texte intégral des deux parties à partir de la version anglaise originale [NdT]


1ère PARTIE

Question 1 : Monsieur le Président, je tiens à vous exprimer mes plus sincères remerciements et ceux du quotidien Expressen pour nous avoir accordé cet entretien. Merci beaucoup. En ce moment même, l'organisation terroriste EIIL, et même Al-Nosra, ont envahi le camp de réfugiés d'Al-Yarmouk, alors qu'Al-Nosra qui contrôlait la frontière syro-jordanienne a pris le contrôle de Idleb. Comment décririez-vous la gravité de la situation actuelle ?

Le Président Al-Assad : Lorsque vous parlez de terrorisme, c'est toujours grave, parce que le terrorisme est toujours dangereux, n'importe quand, n'importe où, et peu importe comment il se manifeste. Il en est toujours ainsi, non seulement pour l'exemple que vous venez de mentionner qui n'est finalement que l'une de ses manifestations. C'est un long processus qui a commencé depuis des années, bien avant la crise en Syrie. Le terrorisme est grave et dangereux car il n'a ni frontières, ni limites. Il pourrait frapper n'importe où. Ce n'est pas un problème local. Ce n'est même pas un problème régional. C'est un problème mondial et c'est pourquoi il est toujours dangereux. Dans notre cas, disons que le danger est pire qu'ailleurs, non seulement à cause de la situation militaire que vous évoquez dans votre question, mais parce que le fait est qu'il bénéficie d'une couverture politique de la part de nombreux pays, de nombreux dirigeants et hauts fonctionnaires, notamment en Occident. Au tout début, nombre de ces responsables n'ont pas vu la réalité de la situation. Et aujourd'hui, cette réalité est devenue encore plus dangereuse, en raison du non respect du droit international et faute d'une organisation internationale efficace qui protégerait un pays contre un autre pays utilisant des terroristes pour le détruire par procuration. C'est ce qui se passe en Syrie. Par conséquent, je vous répondrai par l'affirmative. Oui, la situation est dangereuse mais, en même temps, réversible. Aussi longtemps qu'elle restera réversible, il ne sera pas trop tard pour y remédier. Avec le temps, elle deviendra d'autant plus grave que les terroristes auront endoctriné les cœurs et les esprits.

Question 2 : Sauf qu'ils envahissent davantage de zones en Syrie. L'Armée et les Forces syriennes seraient-elles affaiblies ?

Le Président Al-Assad : C'est là une répercussion naturelle et normale pour n'importe quelle guerre sur n'importe quelle armée, aussi forte et moderne soit-elle. Elle sape et fragilise n'importe quelle société dans tous ses aspects, son économie, son moral, et évidemment son Armée en tant que partie de cette société.

Question 3 : Mais l'Armée est-elle plus faible qu'avant ? Parce que l'année dernière, nous avions constaté du gagnant-gagnant en votre faveur, du côté de l'Armée. Vous contrôliez davantage de zones du Qalamoun et ailleurs. Et aujourd'hui, par exemple, ils ont pris Idleb.

Le Président Al-Assad : Ceci n'est pas directement lié au fait que l'Armée soit plus ou moins forte ou affaiblie. Comme je viens de le dire : toute guerre sape n'importe quelle armée, c'est le cours normal des événements. Dans notre cas, si vous analysiez la situation sur les quatre dernières années, vous constateriez des hauts et des bas. Parfois vous gagnez, parfois vous perdez, et cela dépend de nombreux critères ou facteurs, certains spécifiquement nationaux d'ordre interne ou militaire, d'autres en relation avec le niveau de soutien dont bénéficient les terroristes. S'agissant du récent exemple d'Idleb, le facteur déterminant a été l'énorme support fourni par la Turquie aussi bien du point de vue logistique que militaire et, bien sûr, le soutien financier fourni par l'Arabie saoudite et le Qatar.

Question 4 : C'est là une information ou une opinion ?

Le Président Al-Assad : Une information. Ils sont tous apparus comme une seule armée. Dans cette bataille d'Idleb, les terroristes d'Al-Nosra faisant partie d'Al-Qaïda, le gouvernement ou les institutions et les services du renseignement turcs, ont agi comme une seule et même armée. Par conséquent, votre exemple ne dépendait pas de l'affaiblissement de notre Armée, mais du soutien apporté aux terroristes par la Turquie.

Question 5 : Il y a quatre ans, la Turquie, le Qatar et l'Arabie saoudite, avaient leur agenda. Est-ce que cela a changé ? Ont-ils changé cet agenda ?

Le Président Al-Assad : Tout d'abord, ce ne sont pas des pays indépendants, de sorte qu'ils ne peuvent pas avoir leur propre agenda. Ils ont leur propre comportement borné, vindicatif ou haineux, parfois mis à profit pour servir d'autres agendas. Ici, soyons francs, et disons qu'il s'agit plus particulièrement de celui des États-Unis. Nous ne pouvons donc pas dire qu'ils ont leur propre agenda. En revanche, nous pouvons dire qu'ils n'ont pas changé. Ils soutiennent toujours les mêmes terroristes, leur comportement n'étant pas lié à la crise en Syrie. Ils ont soutenu les terroristes en Afghanistan, ils ont soutenu l'idéologie wahhabite et l'extrémisme qui a récemment conduit au terrorisme en Europe. Depuis des décennies, ils soutiennent la même idéologie et les mêmes factions sous différents noms et labels en Syrie. Rien n'a donc changé, car c'est leur comportement naturel.

Question 6 : De quelle idéologie parlez-vous ?

Le Président Al-Assad : De l'idéologie wahhabite qui constitue la base de tout terrorisme dans le monde. Ces dernières décennies, aucune opération terroriste au Moyen-Orient et dans le monde n'a échappé à cette idéologie. Tout terroriste fonde sa doctrine sur l'idéologie wahhabite.

Question 7 : L'idéologie wahhabite est liée au « 11 septembre » ainsi que tous les groupes terroristes. Les États-Unis ne sont-il pas au courant de ce lien et continuent à soutenir l'Arabie saoudite ?

Le Président Al-Assad : C'est une question très importante puisque dans les années 1980, les États-Unis désignaient ces mêmes groupes d'Al-Qaïda et de Talibans, en Afghanistan, de « Saints combattants » [Holy fighters]. C'est ainsi qu'ils étaient présentés par le Président Bush. Ce n'est qu'après le 11 Septembre 2001 qu'ils les ont qualifiés de terroristes. Le problème avec les États-Unis et, bien sûr avec certains responsables occidentaux, c'est qu'ils pensent pouvoir utiliser le terrorisme comme une carte en poche, une carte politique. En fait, le terrorisme est tel un scorpion ; dès qu'il aura une chance de vous mordre, il le fera. Par conséquent, ils sont au courant, mais n'ont pas mesuré le danger de l'usage du terrorisme comme carte politique.

Question 8 : Monsieur le Président, une délégation officielle syrienne et une partie de l'opposition se sont récemment réunies à Moscou. Cette rencontre a-t-elle débouché sur un quelconque résultat positif ?

Le Président Al-Assad : Oui. Nous pouvons dire oui, parce qu'alors que, comme vous le savez, elle a été précédée de nombreuses autres rencontres, c'est la première fois que l'on est parvenu à un accord sur certains principes de base pour le futur dialogue inter-syrien. Nous ne les avons pas encore finalisés, le calendrier étant très chargé et faute de temps. Deux jours de dialogue entre les représentants de l'opposition, suivis de deux jours de dialogue avec les représentants du gouvernement, d'où quatre jours qui n'ont pas été suffisants pour finaliser le calendrier. Mais une percée, même partielle, signifie que la prochaine rencontre sera prometteuse quant à un accord complet sur les principes du dialogue en vue d'une solution syrienne au conflit.

Question 9 : Ce que vous dites, Monsieur le Président, est très important étant donné que l'Envoyé spécial des Nations Unies, M. Staffan de Mistura, est en train de planifier une série de consultations qui devraient débuter en mai, ou en Juin, pour tenter de trouver un terrain d'entente entre les principaux États ayant un intérêt dans le conflit. Qu'en pensez-vous ?

Le Président Al-Assad : Je suis d'accord avec De Mistura sur ce point, parce qu'il n'est ni logique, ni objectif, de considérer que le conflit est purement interne et entre factions syriennes. En fait, le problème n'est pas très compliqué, mais il l'est devenu en raison de l'intervention extérieure, et tout plan que vous voudriez appliquer dans le but de le résoudre sera voué à l'échec à cause de cette ingérence extérieure. C'est ce qui s'est passé à Alep quand les Turcs ont invité les factions de terroristes, qu'ils soutiennent et dirigent, à refuser de coopérer avec De Mistura. Je pense donc qu'il est parfaitement conscient que s'il n'arrive pas à convaincre ces pays de cesser leur soutien aux terroristes et de laisser les Syriens résoudre leur problème, il ne réussira pas.

Question 10 : Quelle est votre opinion sur les efforts de De Mistura ?

Le Président Al-Assad : Nous avons discuté ensemble de son plan pour Alep, lequel s'est révélé compatible avec nos efforts pour la réconciliation [Mousalaha] dans plusieurs régions syriennes. C'est un domaine où nous avons pu réussir et où nous pouvons mieux faire encore, à partir du moment où les gens reviennent vers la normalité, bénéficient de l'amnistie gouvernementale et déposent leurs armes... Le plan de De Mistura repose donc sur ce même principe de réconciliation. C'est pour cela que nous l'avons soutenu dès le début et que nous continuons à le soutenir.

Question 11 : Monsieur le Président, la Suède est le seul pays d'Europe qui accorde un droit de séjour permanent aux personnes qui fuient la guerre en Syrie. Qu'est-ce que cela signifie pour vous, et comment voyez-vous la politique suédoise ?

Le Président Al-Assad : Sur ce sujet ou en général ?

Question 12 : Sur ce sujet précis.

Le Président Al-Assad : Je pense que la position de la Suède face à plusieurs conflits dont le conflit syrien, est appréciée partout dans le monde, non seulement dans notre pays. Maintenant, c'est une bonne chose d'accorder un refuge à ces personnes qui fuient la guerre, mais si vous demandiez à ces Syriens ce qu'ils souhaitent, ils vous répondront qu'ils veulent qu'on mette fin à cette guerre. C'est leur objectif et c'est par conséquent le nôtre. Comment ? La Suède étant un pays important de l'Union européenne, je pense qu'elle peut jouer un rôle majeur dans la levée des sanctions, car nombre de Syriens qui ont rejoint la Suède ou d'autres pays n'ont pas quitté en raison des seules actions terroristes, mais aussi à cause de l'embargo qui les prive de leurs moyens de subsistance au quotidien. Donc : lever cet embargo qui affecte chaque Syrien et, en même temps interdire à tout pays européen de servir de couverture aux terroristes, qu'ils soient présentés comme une opposition pacifique ou une opposition modérée. Aujourd'hui, il est prouvé et parfaitement clair que cette dite opposition revient au même qu'Al-Nosra, Al-Qaïda ou les Frères Musulmans. Troisièmement, faire pression sur les pays qui soutiennent les terroristes et empêchent la mise en œuvre de tout plan de paix en Syrie -comme dans le cas d'Alep et du plan de De Mistura que vous venez d'évoquer- principalement l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie. Je pense que c'est la meilleure aide humanitaire et politique que la Suède pourrait offrir au peuple syrien.

Question 13 : Embargo, guerre, des millions de déplacés ou de réfugiés qui ont fui le pays. Ceci a été décrit comme la pire crise de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans ces conditions, quelle est votre part de responsabilité, Monsieur le Président ?

Le Président Al-Assad : Même d'un point de vue humanitaire, je pense que comparer ce qui se passe en Syrie à ce qui s'est passé pendant la Seconde Guerre mondiale est une énorme exagération. Pour des raisons politiques, il n'y a pas de comparaison possible. Mais indépendamment de cela, les opérations terroristes font que nous avons des millions de personnes déplacées d'une région à une autre et c'est une énorme charge, dont nous avons assumé la plus grosse part jusqu'ici. Vous entendez beaucoup parler des sommes qu'offriraient les organisations internationales et ceux qui s'autoproclament « Amis de la Syrie » pour soutenir les Syriens. Au cas où la réalité vous intéresse, en 2014, ces pays n'ont contribué qu'à 22% de ce que l'État syrien a assuré en temps de guerre. C'est une énorme différence, le rapport étant de 1/5.

Question 14 : À l'intérieur du pays ?

Le Président Al-Assad : Oui, à l'intérieur de la Syrie. Quant au secteur de la Santé, ce rapport passe à 1/18. Ici aussi, nous portons le plus gros poids. En sachant qu'en plus de tout cela, nous continuons à verser les salaires, à envoyer les vaccins pour enfant, et à fournir les nécessités de base aux hôpitaux, même en zones contrôlées par les terroristes. Donc, nous dirigeons le pays et en assumons la charge.

Question 15 : Selon SAPO, l'Agence du renseignement suédois, il y aurait actuellement beaucoup de djihadistes suédois en Syrie, leur retour en Suède étant considéré comme la plus grande menace nationale. Êtes-vous d'accord ?

Le Président Al-Assad : Comme je l'ai déjà dit, je ne regarde pas le terrorisme sous l'angle national ou régional, mais sous un angle mondial. S'il est vrai que la Suède fait partie de l'Europe ou du groupe des pays scandinaves en Europe, sachez que les plus dangereux des dirigeants de l'EIIL qui se trouvent en Syrie, sont scandinaves.

Question 16 : C'est une information ?

Le Président Al-Assad : Oui, c'est une information. C'est ce que nous possédons comme information. Vous ne pouvez pas isoler le groupe des pays scandinaves ou la Suède de l'Europe et, par conséquent, tant que le terrorisme se développe dans différents pays européens, la Suède n'est pas en sécurité. De même, tant que l'arrière-cour de l'Europe -notamment la zone méditerranéenne et l'Afrique du Nord- est plongée dans le chaos grouillant de terroristes, l'Europe n'est pas en sécurité. Oui, je suis donc d'accord avec vous sur le fait que la Suède est face à une menace de première importance, mais vous ne pouvez pas en parler comme d'une menace strictement nationale.

Question 17 : Est-ce que la Suède vous a demandé de lui communiquer vos informations sur ces combattants de l'EIIL ou d'autres djihadistes ?

Le Président Al-Assad : Non, il n'y a aucun contact entre nos agences de renseignement.

Question 18 : Monsieur le Président, en Décembre 2010, Taimour Abdulwahab, un terroriste suédois formé en Irak et en Syrie, a mené une attaque suicide à Stockholm. Récemment, le même scénario s'est produit à Paris contre Charlie Hebdo, puis à Copenhague. Pensez-vous que les pays occidentaux devront faire face à un tel scénario dans le futur ?

Le Président Al-Assad : Tout ce qui s'est passé en Europe -je parle des attaques terroristes- nous l'avions appréhendé dés le tout début de la crise. J'avais dit : « La Syrie est une ligne de faille. Si vous jouez avec, les vibrations engendrées par le séisme se propageront dans plusieurs directions dont l'Europe et non seulement dans notre région ». À l'époque, ils ont répondu : « Le Président syrien menace... ». En fait, je ne menaçais pas. Je décrivais ce qui risquait d'arriver. Il ne fallait pas être un génie, car vu l'ensemble des événements que nous avons vécus à plusieurs reprises, nous avons l'expérience de ce type de terroristes depuis bientôt cinquante ans. Ils n'ont donc pas écouté, mais ils avaient été prévenus. Et ce que nous avons vu en France contre Charlie Hebdo, les attentats suicide récents à Copenhague, les attentats à Londres et en Espagne il y a dix ans, n'est que la pointe de l'iceberg, le terrorisme étant une énorme montagne. Ce ne sont donc pas des événements isolés. Lorsqu'ils se produisent, vous devez savoir que la montagne existe sous la mer et que vous ne la voyez pas. Par conséquent, oui, aussi longtemps que cette montagne est là et que nombre de responsables européens continuent à aduler des pays comme l'Arabie saoudite et le Qatar, juste pour leur argent, et vendent leurs valeurs, permettant à l'obscurantisme de l'idéologie wahhabite d'infiltrer certaines communautés en Europe, nous devons nous attendre à davantage d'attaques de ce genre.

Question 19 : Quel est le moyen le plus efficace pour lutter contre le terrorisme ?

Le Président Al-Assad : Premièrement, le terrorisme ce n'est pas la guerre. C'est avant tout un état d'esprit, une culture à laquelle vous devez faire face. Vous devez composer avec de manière idéologique, notamment par l'éducation et la culture. Deuxièmement, le terrorisme exploite les pauvres. Vous devez donc traiter la pauvreté en portant une attention particulière à la croissance économique et au développement. Troisièmement, vous devez régler la question politique que les terroristes utilisent pour endoctriner les jeunes en prétendant résoudre les problèmes politiques de notre région. Par exemple, la question de la paix est l'une des principales raisons exploitées pour leur recrutement.

Question 20 : Quelle paix ? Vous voulez dire le processus de paix ?

Le Président Al-Assad : Je veux parler de la résolution du problème entre Arabes et Israéliens, parce que c'est l'une des raisons du désespoir de ces jeunes qui veulent mourir pour aller vers le paradis et une vie meilleure. C'est ainsi qu'ils raisonnent et vous devez régler les causes de ce désespoir. Et enfin, un dernier moyen de lutte contre le terrorisme est l'échange d'informations entre les services de renseignement. Pour conclure, vous ne pouvez pas lutter contre le terrorisme par la guerre. La guerre ne peut servir qu'à vous défendre contre le terrorisme armé.

Question 21 : Monsieur le Président, l'EIIL a demandé à tous ses partisans à travers le monde de se rendre en Syrie et en Irak pour peupler son soi-disant califat. Comment voyez-vous l'avenir de l'EIIL ?

Le Président Al-Assad : Bien que l'EIIL ne soit pas un problème spécifiquement syrien et qu'il est présent en Irak, au Liban, en Égypte et dans beaucoup d'autres pays, permettez-moi de parler de la Syrie en premier, car je ne peux pas parler au nom d'autres sociétés de la région. Concernant la Syrie, je pense que l'EIIL n'a toujours pas réussi à se construire un milieu réellement incubateur dans notre société. À court terme, il n'a donc pas de futur en Syrie. En revanche, à moyen et long termes, quand il aura endoctriné les cœurs et les esprits, en particulier les jeunes et les enfants, cet espace n'aura qu'un seul avenir ; l'avenir d'Al-Qaïda, de l'EIIL, d'Al-Nosra et des Frères Musulmans à la fois. Ce sera votre arrière-cour. Ce sera l'arrière-cour de l'Europe.

Question 22 : À moyen et long termes ? C'est très dangereux.

Le Président Al-Assad : Bien sûr que c'est dangereux, parce que vous pouvez contrôler beaucoup de choses, mais pas une idéologie. Une fois qu'elle a été instillée, il est très difficile de s'en débarrasser. Et quand elle le sera suffisamment, elle sera le seul avenir de la région.

Question 23 : L'EIIL et Al-Nosra sont aidés et bénéficient d'un soutien extérieur, vous avez cité la Turquie, le Qatar, l'Arabie saoudite et d'autres qui les couvrent. Mais c'est pareil de votre côté, vous avez le Hezbollah qui se bat pour vous. Avez-vous besoin du Hezbollah ici, en Syrie ?

Le Président Al-Assad : En tant que citoyen suédois, vous n'accepteriez pas que quiconque compare un terroriste tel que Taimour Abdulwahab, par exemple, à votre gouvernement, que vous soyez d'accord ou pas avec ce dernier. Idem, pour les terroristes ayant attaqué Charlie Hebdo et le gouvernement français. Vous ne l'accepteriez pas. En tant que Syriens, nous non plus, nous n'acceptons pas que l'on compare notre État aux organisations terroristes. Notre mission est d'aider le pays et de défendre ses citoyens, alors qu'il ne me semble pas que ce soit la mission de l'EIIL, d'Al-Nosra ou des Frères Musulmans. Dans les faits, leur rôle se résume à tuer des gens et à les terroriser. Vous ne pouvez donc pas comparer. Deuxièmement, en tant que gouvernement, nous avons le droit de demander le soutien de tout État, organisation ou entité, qui nous aiderait dans notre guerre contre le terrorisme. Troisièmement, si vous admettez que le terrorisme n'est pas un strict problème interne, la bonne solution devient la coopération entre les différentes forces de la région. Par exemple, une coopération entre Syriens et Irakiens, au niveau des services du renseignement et des Armées, a existé bien avant l'émergence de l'EIIL à Mossoul, l'année dernière. Et cela pour l'unique raison que les Irakiens étaient conscients que le terrorisme en Syrie pourrait s'étendre à l'Irak ; ce qui est arrivé à Mossoul. La même chose avec le Liban ; le Hezbollah étant conscient que le terrorisme en Syrie signifie le terrorisme au Liban et que le chaos ici signifie le chaos là-bas. Par conséquent, ce type de coopération régionale est très important pour nous tous.

Question 24 : Monsieur le Président, une fois de plus vous êtes accusé d'avoir utilisé des armes chimiques en Syrie. Deux séries de tests effectués pour le The Times et un organisme médical de bienfaisance révèlent que vos forces ont usé de chlore et de cyanure. C'est ce que dit le The Times et, je crois, Amnesty International. Que répondez-vous à ce sujet ?

Le Président Al-Assad : Depuis le premier jour, nous disons qu'il s'agit d'une propagande contre la Syrie, visant à diaboliser l'État et le Président, dans le but d'amener les cœurs et les esprits du peuple syrien à adhérer à leur agenda. Cela n'a pas fonctionné. Si vous voulez comparer, c'est pratiquement la même propagande que celle qui sévit en Occident à la faveur de la crise ukrainienne : diabolisation de Poutine et fabrication d'un tas de vidéos et de mensonges dans ce seul but. C'est la réalité. Les peuples occidentaux devraient en être conscients. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a ni erreurs, ni méfaits de notre côté, mais plutôt que cette propagande médiatique ne reflète pas la réalité de notre région. Ainsi, concernant les armes chimiques, ils ne disposent toujours pas d'une seule preuve en faveur de leurs accusations et les chiffres publiés par de nombreuses organisations européennes, dans le cadre de cette propagande, varient de 200 à 1400 victimes sans rien qui prouve que ces chiffres correspondent réellement à ceux ayant succombé à cause de ce type d'attaque. Ils ne sont donc ni précis, ni objectifs. La seule preuve dont nous disposons, depuis la visite d'une délégation de l'Organisation des Nations Unies, c'est que du gaz sarin a été utilisé sur le territoire, sans pouvoir dire qui l'a utilisé ni comment. Mais ils ont quand même continué à accuser la Syrie, alors que ce n'est franchement pas réaliste de vouloir utiliser une arme de destruction massive, censée tuer des dizaines de milliers de personnes, pour n'en tuer que quelques centaines et à la limite de votre capitale de surcroît, au risque de toucher tous ses habitants. Un : toutes ces histoires qui circulent sont donc inexactes. Deux : c'est la Syrie qui a demandé aux Nations Unies d'envoyer une délégation pour vérifier cette allégation.

Question 25 : Et c'est ce que vous faites encore ?




Le Président Al-Assad : Nous l'avons fait. La Syrie l'a fait. C'est la Syrie qui a demandé aux Nations Unies de venir vérifier et nul autre pays ; en sachant que même lorsqu'ils avaient eu la preuve que les terroristes avaient déjà utilisé ce type d'arme dans le nord de la Syrie, ils n'avaient même pas essayé de vérifier, ni même voulu le faire savoir. Cela fait donc partie de l'agenda politique contre la Syrie.

Question 26 : Comme vous le savez, des accusations graves concernant des violations des droits humains sont formulées contre votre gouvernement. Que savez-vous des tortures commises dans vos prisons ?

Le Président Al-Assad : Concernant la torture, nous devons faire la différence entre une politique de torture et des cas de tortures commis incidemment par n'importe quel individu. Ce qui s'est passé à Guantanamo en est le meilleur exemple. À Guantanamo, l'Administration américaine a pratiqué une politique de torture approuvée par le Président Bush et par son ministre de la Défense ; ce qui n'a jamais été la politique de la Syrie. S'il y a violation des droits, torture, vengeance, ou quoi que ce soit de cet ordre, ce seraient des incidents commis par des individus qui doivent en répondre. Cela arrive partout dans le monde, comme n'importe quel autre crime.

Question 27 : Amnesty International ou la Croix-Rouge peuvent visiter vos prisons ?

Le Président Al-Assad : Beaucoup de journalistes et de nombreuses organisations sont venus en Syrie. Mais si vous vous intéressez à une organisation en particulier, cela dépend de la nature de sa coopération avec notre gouvernement et de sa crédibilité. En principe, nombreuses sont les organisations et les personnes qui peuvent visiter nos prisons.

Question 28 : Monsieur le Président, j'ai couvert la guerre en Syrie durant ces quatre dernières années. J'ai rencontré différents groupes de militants impliqués dans le conflit. J'ai même rencontré des soldats de votre armée. Certains de ces militants ne sont pas des islamistes et disent se battre pour la liberté. Que voudriez-vous leur dire ?

Le Président Al-Assad : Nous n'avons jamais dit que tous les combattants étaient des islamistes. Cela, nous le savons. Mais ceux qui dominent actuellement sont les terroristes de l'EIIL et d'Al-Nosra. Quant à la liberté, c'est un besoin naturel et quelque chose de divin qui habite tout être humain depuis notre ancêtre, Adam. Dès lors, nous devons nous poser quelques questions simples. Est-ce que tuer les gens fait partie de cette liberté ? Est-ce que détruire les écoles et interdire aux enfants de s'y rendre fait partie de cette liberté ? Est-ce la liberté que de détruire l'infrastructure, les lignes électriques, les communications, les Services de la santé ? Est-ce la liberté que de décapiter et de démembrer ses victimes ? C'est cela la liberté ? Je pense que les réponses à ces questions sont claires pout tout un chacun, quelle que soit sa culture. Je dis que nous soutenons toute personne qui agit pour plus de liberté, à condition qu'elle travaille dans le cadre des institutions et de la Constitution de la Syrie, non par la violence, le terrorisme et la destruction du pays. Cela n'a rien à voir avec la liberté.

Question 29 : Pourtant, ils accusent l'Armée syrienne de commettre ces mêmes crimes, comme les assassinats et tout le reste.

Le Président Al-Assad : Ils doivent le prouver. Je veux dire que l'Armée se bat depuis quatre ans. Comment aurait-elle pu résister dans une guerre menée par autant de pays si puissants et si riches en tuant son peuple ? Comment se fait-il qu'elle est autant soutenue par ce même peuple ? C'est impossible, irréaliste et même indigeste.

Question 30 : Si vous pouviez remonter le temps au tout début de la crise en 2011 et avec le bénéfice du recul, en quoi auriez-vous agi différemment ?

Le Président Al-Assad : Nous devons commencer par les priorités, c'est-à-dire les deux décisions que nous avons adoptées dès le début : combattre le terrorisme et instaurer le dialogue en même temps. Un dialogue que nous avons démarré dès la première année et dans les premiers mois du conflit. Nous y avons invité toutes les parties et nous avons coopéré avec l'Organisation des Nations Unies, la Ligue arabe et de nombreux pays. Nous avons pris en considération toutes les initiatives, quel que soit leur degré de crédibilité, pour ne rater aucune chance de réussite et aussi pour ne donner à quiconque l'excuse de prétendre que n'aurions pas fait ceci ou cela. Nous avons tout essayé. Donc, en ce qui concerne ces deux priorités, je pense que personne ne peut dire que nous aurions dû agir autrement. Combattre le terrorisme et promouvoir le dialogue sont les principaux piliers de notre politique depuis le début de la crise. Maintenant, l'exécution et la mise en œuvre de toute politique peut toujours comporter certaines erreurs. C'est dans la nature des choses. Par conséquent, agir différemment pourrait éventuellement porter sur certains détails, mais je ne pense pas que les Syriens vous diraient que nous ne voulons pas du dialogue ou que nous ne voulons pas combattre le terrorisme.

2ème PARTIE

Question 31 : Monsieur le Président, la Suède vient de se brouiller avec l'Arabie saoudite. Quel est votre analyse de la crise diplomatique entre ces deux pays ?

Le Président Al-Assad : À chaque fois que vous avez à discuter des relations entre deux pays, vous devez commencer par vous demander quels sont leurs points communs et quelles sont les valeurs qu'ils partagent. Dans le cas de l'Arabie saoudite et de la Suède, je demanderais simplement : « Partagent-ils des valeurs communes en matière de système politique, de démocratie, de systèmes électoraux, de droits humains ou de droits des femmes qui n'ont même pas celui de conduire une voiture ? Ou encore, est-ce que les décapitations sur les places publiques et les flagellations pour simple délit d'opinion, sur Twitter ou tout autre réseau social, sont des valeurs partagées entre ces deux pays ? ». Tant que les Saoudiens resteront tels qu'ils sont et que vous vous en tiendrez à vos valeurs, nous nous attendons à ce type de brouille avec eux. Le seul moyen de l'éviter est de les aduler ou de leur vendre les valeurs qui font votre fierté contre leurs pétrodollars.

Question 32 : Vous n'êtes pas surpris ?

Le Président Al-Assad : Non, pas du tout. Pour être franc, nous avons été plutôt agréablement surpris, car nous sommes habitués à ce que les fonctionnaires européens, qui parlent de démocratie en Syrie, glorifient et comptent les Saoudiens ainsi que leur état médiéval parmi leurs meilleurs amis. C'est un des exemples de leurs doubles standards. D'où notre agréable surprise face au standard unique adopté par la Suède.

Question 33 : Vous voulez dire que la Syrie et la Suède, par exemple, partagent davantage de valeurs que l'Arabie saoudite et la Suède ?

Le Président Al-Assad : Je ne veux pas exagérer et prétendre que notre système politique est au même niveau que la Suède, car nous avons notre propre société et nos propres circonstances. Mais le moins que je puisse dire est que la Syrie est sur le chemin de la démocratie. Vous ne pouvez donc pas comparer la Syrie à l'Arabie saoudite. Nous avons un Parlement depuis huit décennies avec des parlementaires femmes depuis sa création ; les femmes ayant acquis le droit de vote depuis le début du siècle dernier. Quant à la démocratie, elle ne se prescrit pas et ne se résume pas à des lois et des décrets. C'est un long processus naturel, social et législatif, à la fois. Nous allions dans cette direction, alors que les Saoudiens n'ont jamais bougé et ignorent tout de ce vocabulaire. Ils n'ont jamais essayé de le comprendre et le refusent par principe. Voilà ce que je peux dire à ce sujet.

Question 34 : Vous venez de dire une chose très importante. La Syrie était sur le chemin de la démocratie. L'Occident n'aurait donc pas compris cela avant la guerre ?

Le Président Al-Assad : Beaucoup l'avaient compris. Mais le fait est qu'au début de la crise ils ont été influencés par la propagande qatarie ainsi que par la propagande et les services de renseignement saoudiens. Donc, certains le savaient et d'autres l'ignoraient. Et ceux qui savaient qu'avant la crise nous allions dans cette direction ont été trompés par ce que leur racontaient ces deux pays. Le problème avec les Occidentaux est qu'ils regardent la démocratie comme un objectif. Ce n'est pas un objectif. C'est un processus. L'objectif est la prospérité. La démocratie est un outil pour atteindre cette prospérité, outil que nous utilisons pour avancer dans ce sens. Par conséquent, il faut du temps, et c'est normal.

Question 35 : Et c'est toujours le cas ?

Le Président Al-Assad : Avec cette crise, la priorité du peuple syrien est de survivre parce que c'est leur existence qui est menacée. Le terrorisme est une menace existentielle. Les gens pensent d'abord à leur sécurité et à celle de leur pays. Comment pourriez-vous promouvoir la démocratie sans qu'ils restent en vie ? Vous avez d'abord besoin d'assurer leur sécurité, ensuite vous pourrez parler de démocratie. Vous ne pouvez pas inverser l'ordre des choses.

Question 36 : Que conseillerez-vous à la Suède en ce qui concerne cette brouille avec l'Arabie saoudite ?

Le Président Al-Assad : Nous aimerions que tous les pays du monde s'accrochent à leurs valeurs comme la Suède, surtout en Occident, où nous sommes habitués aux deux poids deux mesures. Nous aimerions que la Suède persiste dans cette voie, car c'est dans ces valeurs que résident vos intérêts de citoyen suédois, comme c'est dans nos propres valeurs de pays en développement que résident les nôtres. Il en est de même pour nous tous, alors que les doubles standards ne garantissent pas nos intérêts et qu'il faudra en payer le prix. C'est mon seul conseil. Nous voulons qu'ils s'en tiennent à leurs valeurs.

Question 37 : Revenons à l'Arabie Saoudite qui a récemment tenté une politique de censure sur les médias locaux et la télévision d'État au Liban, de même que sur les chaînes de télévisions syriennes. Serait-elle devenue une puissance clé dans le monde d'aujourd'hui ? En Suède, au Liban, en Syrie, partout ?

Le Président Al-Assad : Dire d'un pays qu'il est une puissance clé implique que vous vous intéressiez à sa position géopolitique, à son histoire et à son degré d'indépendance ; s'il n'est pas indépendant, il ne peut être une puissance clé. En quatrième lieu, vous devez vous intéresser à son héritage. Qu'en est-il de son Histoire et de ce qu'il laisse en héritage ? Revenons quelques décennies en arrière : soutien du terrorisme en Afghanistan à l'origine de problèmes dont nous payons encore aujourd'hui le prix en Afghanistan, mais aussi au Pakistan et dans le monde entier ; l'Algérie dans les années quatre-vingt-dix ; et maintenant la Syrie et la Libye. Toujours la même idéologie. C'est cela leur héritage : décapitation, obscurantisme et ainsi de suite. C'est le seul héritage qu'ils aient offert, avec récemment leur agression contre le Yémen, tuant de pauvres gens, détruisant les infrastructures, les usines alimentaires et les aéroports. Le Yémen est un pays très pauvre. Qu'est-ce que vous gagnez en vous attaquant aux biens publics ? Ces biens n'appartiennent pas aux Houthis ou à tout autre. Ce sont des biens du peuple. Qu'attendez-vous d'un pays qui a un tel héritage ? Je ne dirais pas d'un pays qui déstabilise sa région qu'il est une puissance clé. N'importe quel terroriste peut en faire autant, n'importe où. Nous ne pouvons pas qualifier des terroristes, qu'ils s'agissent d'individus, d'organisations ou d'États, de puissance clé. Je ne qualifierai pas l'Arabie saoudite de puissance clé.

Question 38 : Selon les déclarations de votre gouvernement, l'Arabie saoudite soutenait et soutient toujours les terroristes en Syrie. Maintenant, elle est officiellement en guerre au Yémen. Comment voyez-vous cette situation ?

Le Président Al-Assad : Je viens juste d'aborder ce sujet. Lorsque vous attaquez illégalement un pays et que vous n'avez pas de mandat du Conseil de sécurité parce qu'il n'y a aucune menace contre la sécurité mondiale ou régionale, il s'agit d'une agression, sans plus. C'est ainsi que nous voyons cette situation. Une agression qui va créer, sans aucune raison et entre deux peuples qui vivent côte à côte, une animosité durable qui engendrera plus d'instabilité dans tous les pays de la région. Tous en paieront les frais, d'autant plus que tous les plans politiques de l'Arabie saoudite se fondent sur un discours de division dans un contexte sectaire. C'est leur seul discours, notamment depuis les années quatre-vingt du siècle dernier, alors qu'il est très dangereux pour notre région de susciter, de promouvoir et d'attiser n'importe quel type de sectarisme.

Question 39 : Que pensez-vous de l'avenir de l'Arabie saoudite, maintenant, qu'elle est donc officiellement impliquée dans cette guerre au Yémen ?

Le Président Al-Assad : En bref, cet avenir n'est pas seulement lié à cette seule guerre contre le Yémen, mais à l'ensemble des comportements de l'Arabe saoudite depuis des décennies. Quand vous adoptez la vengeance haineuse et que vous nourrissez l'extrémisme ainsi que le terrorisme, nuisibles partout dans le monde, vous ne pouvez que vous détruire.

Question 40 : Ces comportements vont détruire l'Arabie Saoudite ?

Le Président Al-Assad : Oui, terrorisme, extrémisme, haine et comportement vindicatif la détruiront.

Question 41 : Et le pays sera divisé ?

Le Président Al-Assad : Personne ne le sait, mais ces comportements les détruiront. Comment ? Les scénarios sont nombreux. Je ne peux prédire, mais le résultat de tout cela est qu'ils finiront par se détruire.

Question 42 : Monsieur le Président, la guerre en Syrie est entrée dans sa cinquième année. Nous avons parlé de Idleb, de la zone frontalière entre la Jordanie et la Syrie. Quelle est la surface demeurant sous votre contrôle ? Certains parlent de 10 % du territoire.

Le Président Al-Assad : Ce pourcentage n'est pas réaliste. Si tel était le cas, vous ne seriez pas à Damas avec moi, mais avec l'un des leaders de l'opposition qui dirigerait le pays. Encore une fois, ces chiffres ne sont pas significatifs qu'il s'agisse de 50%, 60% ou 70%. Ce n'est pas une guerre conventionnelle entre deux armées régulières, l'une ayant fait incursion dans le territoire de l'autre. C'est une guerre non conventionnelle où les terroristes peuvent combler le vide là où l'Armée et les Forces de sécurité ne sont pas sur place. Comme vous le savez, l'Armée ne peut se déployer partout et dans chaque région du pays. Par conséquent, les terroristes peuvent exister partout où l'Armée est absente. Ceci dit, presque à chaque fois que l'Armée a lancé une bataille pour reconquérir un territoire, elle a gagné. Il n'empêche que, là aussi, les terroristes pourraient s'être rendus ailleurs dans le pays. Voilà à quel type de guerre nous avons affaire. Elle a commencé par une propagande médiatique extérieure, très vite suivie d'attaques terroristes, son seul objectif étant de gagner les cœurs et les esprits pour se débarrasser du gouvernement, de l'État et du Président. C'est là qu'ils ont échoué. Je pense que s'ils ont échoué jusqu'ici, c'est parce que le peuple syrien l'a bien compris, une majorité soutenant le gouvernement contre ces interventions étrangères. C'est de ce type de contrôle dont vous pourriez parler.

Question 43 : L'Armée irakienne s'est effondrée quand l'EIIL a lancé son attaque contre Mossoul l'été dernier. Vous savez que l'Armée syrienne est plus solide. Pour ne prendre qu'un exemple, pourquoi n'avez-vous pas repris la ville de Raqqa à l'EIIL ? Pourquoi vous contentez-vous d'attaques aériennes ?

Le Président Al-Assad : Parce que quand vous faites face à une guerre aussi vicieuse, menée sur votre territoire par l'intermédiaire de terroristes recrutés dans une centaine de pays, alors que vous n'êtes qu'un petit pays aux moyens limités, vous devez dresser une liste de priorités fondée sur des critères militaires. Sinon, vous vous disperseriez sans gagner aucune bataille. Vous fixez vos priorités dans le but ultime de regagner tout le territoire syrien, que ce soit une grande ville ou un petit village, une zone peuplée ou inhabitée. Et la ville de Raqqa est une ville que nous voulons regagner.

Question 44 : Permettez-moi de passer à un autre sujet. Comment décririez-vous la relation entre la Syrie et l'Iran aujourd'hui ?

Le Président Al-Assad : La même relation que nous aurions pu décrire quand la Syrie a soutenu la révolution islamique en Iran en 1979, il y a 35 ans, alors que de nombreux pays, principalement en Occident et parmi les Pays du Golfe, ont pris position contre ; puis, plus tard, quand nous l'avons soutenu alors que Saddam Hussein l'avait attaqué. Aujourd'hui, l'Iran soutient la Syrie. C'est donc une alliance mutuelle. C'est ainsi que je décrirais cette relation.

Question 45 : Certains critiques disent que vous avez vendu votre pays à l'Iran, et que vous ne pourriez pas survivre sans l'aide de l'Iran et du Hezbollah. Est-ce vrai ?

Le Président Al-Assad : Si j'étais parti de ce principe et si j'avais été prêt à vendre mon pays, je l'aurais vendu aux États-Unis, ou peut-être à Israël, ou peut-être encore à l'Arabie Saoudite ; car depuis l'indépendance de la Syrie [17 avril 1946, NdT] nombreux sont les pays qui aimeraient contrôler la Syrie pour des raisons géopolitiques. Autrement dit, si je voulais vendre mon pays, je le vendrais en premier aux États-Unis. Donc, et c'est le premier point, puisque j'ai refusé de le vendre à qui que ce soit, je ne voudrais pas le vendre à l'Iran. Le deuxième point est que l'Iran n'a jamais essayé de contrôler mon pays. Jamais. Sans oublier que, par nature, le peuple syrien ne l'acceptera pas. Par conséquent, que l'Iran soutienne la Syrie ne signifie pas qu'il la contrôle ou qu'il tente d'imposer ses quatre volontés au gouvernement syrien. Quant à dire que nous ne pourrions pas survivre sans l'Iran et le Hezbollah, la question est hypothétique, pour la bonne raison qu'un petit soutien dans une grande guerre peut vous mener à de grands résultats. Que ce soutien ait été petit ou grand, le résultat est là, et nous ne pouvons pas nier qu'il a été vital pour nous. Qu'en serait-il si nous n'en n'avions pas bénéficié ? Les choses auraient été probablement plus difficiles, ce qui ne veut pas dire que nous n'aurions pas pu survivre.

Question 46 : Quelle influence l'Iran a-t-il en Syrie ?

Le Président Al-Assad : Cela dépend comment nous comprenons ce terme, une influence pouvant être positive ou négative. Ainsi, si nous nous intéressions à la France et à l'Allemagne, il est clair que l'une est une puissance politique et que l'autre est une puissance économique. L'Iran est un pays important pour notre région. C'est un grand pays. C'est en tout cas, un pays développé par rapport à d'autres. Je considère que son influence est positive, parce qu'il cherche plus de stabilité pour ses propres intérêts. Tout pays a des intérêts. Donc si l'Iran est influent, son influence est positive.

Question 47 : Je comprends que l'Iran est un pays important pour la Syrie, mais avez-vous besoin de l'aide du Hezbollah ?

Le Président Al-Assad : Encore une fois, un petit soutien dans une grande guerre peut vous mener à de grands résultats. Par ailleurs, le Hezbollah a une bonne expérience en matière de guerre non conventionnelle ; ce dont nous pouvons avoir besoin. Cependant, son aide est avant tout qualitative. Par conséquent, vous ne devez pas le comparer à l'Armée syrienne. Ses effectifs sont moindres en effet, mais son expérience pourrait avoir un grand impact.

Question 48 : Désormais, on sait bien que le Hezbollah est présent en Syrie. Quel contrôle avez-vous sur ses combattants ?

Le Président Al-Assad : Tous les combattants de toutes les factions qui se battent aux côtés de l'Armée, certaines n'en faisant pas partie mais la soutiennent, travaillent sous sa direction. Ils n'ont pas leur propre bataille ou leur propre front. Nous n'avons donc aucun problème.

Question 49 : Khaled Mechaal [dirigeant politique du Hamas, NdT] a vécu entre 11 et 12 années en Syrie. Aujourd'hui, il se retrouve au Qatar. Où en est cette relation aujourd'hui ?

Le Président Al-Assad : Nous n'avons aucune relation et à aucun niveau. Les événements récents au camp de Yarmouk ont prouvé qu'une partie des cadres du Hamas, qui est essentiellement une organisation des Frères musulmans, soutient Al-Nosra à l'intérieur du camp.

Question 50 : Ils soutiennent une organisation terroriste ?

Le Président Al-Assad : Oui, une partie d'entre eux collabore avec Al-Nosra. C'est pourquoi leurs dirigeants appellent, depuis le Qatar, les organisations palestiniennes séculaires à venir en Syrie, pour secourir leurs factions présentes dans le camp de Yarmouk, aux côtés d'Al-Nosra, contre l'attaque de Daech.

Question 51 : Donc le Hamas en Syrie, c'est désormais de l'histoire ancienne ?

Le Président Al-Assad : Oui. Je pense que désormais le peuple syrien ne leur fera plus confiance.

Question 52 : Monsieur le Président, passons aux États-Unis et à Aïn al-Arab. Les États-Unis attaquent l'EIIL par les airs. En fait, ils vous soutiennent. Comment décririez-vous cette coopération militaire avec un pays censé être votre ennemi ?

Le Président Al-Assad : Mon ennemi, c'est d'abord les terroristes. Ensuite, il n'y a pas de coopération entre la Syrie et l'Armée américaine.

Question 53 : Même indirectement ?

Le Président Al-Assad : Aucune coopération, même si parfois nous menons des raids aériens dans une même zone et sur un même endroit.

Question 54 : Pas même une coordination ?

Le Président Al-Assad : Non, pas de coordination. Mais revenons sur votre hypothèse consistant à dire qu'ils nous soutiennent. Disons qu'ils le font théoriquement et sur papier, mais certainement pas dans la réalité. Si vous voulez une comparaison, sachez que cette alliance de 60 pays, dont certaines grandes puissances, mènent plus ou moins dix attaques par jour, alors qu'un petit pays comme la Syrie peut, certains jours, en mener plus d'une centaine. Donc, dix fois plus.

Question 55 : Des attaques dans une même zone et sur un même endroit ?

Le Président Al-Assad : Disons que c'est généralement le cas. D'où la question que nous nous posons : sont-ils sérieux dans leur guerre contre le terrorisme ?

Question 56 : Sont-ils sérieux ?

Le Président Al-Assad : C'est parce qu'ils ne sont pas sérieux qu'ils ne peuvent pas nous aider. C'est une simple conclusion. S'ils étaient sérieux, nous aurions peut-être discuté ensemble de la meilleure façon d'agir, ne serait-ce que pour un modeste résultat. Il leur a fallu quatre mois pour libérer une petite ville, que vous nommez Kobané dans vos médias, quand dans des conditions similaires notre Armée y est arrivée en deux à trois semaines. Ou alors, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans leur plan. En réalité, non seulement ils ne nous aident pas, mais l'expansion non-stop de l'EIIL et d'Al-Nosra touche désormais différents pays. Par conséquent, si vous insistez sur leur coopération et leurs succès, dites-moi où les trouver. Jusqu'ci, nous n'avons rien vu.

Question 57 : Mais ils n'ont pas la permission de survoler la Syrie.

Le Président Al-Assad : Non, c'est illégal. Nous avons dit publiquement que c'était illégal et qu'ils le font sans autorisation [*].

Question 58 : Monsieur le Président, comment voyez-vous l'avenir de la Syrie ?

Le Président Al-Assad : Malgré toute la douleur, la destruction et le carnage, à quelque chose malheur est bon. Cette crise fera que tout Syrien réfléchira à tous les points faibles de notre société. Par exemple, beaucoup n'ont pas vu la ligne fine qui sépare le fanatisme de l'extrémisme, et l'extrémisme du terrorisme. Je pense, que cela poussera toute la société vers plus de modération, bien que je parle d'une société modérée qui, comme toute société, n'est pas exempte de quelques recoins de fanatisme et d'extrémisme. Cela poussera notre société, mosaïque de toutes les couleurs syriennes, à chérir la modération et l'intégration que nous avons connues tout au long de notre histoire ; ce qui à mon avis aidera à sa reconstruction. La reconstruction du pays n'est pas le problème, c'est toujours possible. Le principal défi est de trouver comment traiter les fêlures psychologiques et morales de la prochaine génération qui aura vécu toutes ces atrocités. Mais je ne suis pas pessimiste, à condition que nous nous débarrassions des terroristes.

Question 59 : Vous parlez de la reconstruction du pays. Qui va payer pour cela ?

Le Président Al-Assad : Le pays lui-même pour commencer. Dès que les premiers projets démarreront, la roue de l'économie avancera générant des ressources financières pour elle-même. Ensuite, les investissements de pays qui ont soutenu la Syrie, comme la Russie, la Chine, l'Iran, et bien d'autres. Et enfin les investisseurs de tous les pays qui n'ont pas participé à l'effusion du sang syrien.

Question 60 : Ces quatre dernières années, j'ai voyagé de Daraa à Lattaquié et partout dans le pays. Il me semble que la reconstruction du pays est une mission impossible. Est-ce le cas ?

Le Président Al-Assad : Non, ce n'est pas une mission impossible, car nombre de pays ont été détruits lors de diverses crises, comme les guerres, les séismes, etc... Non, la reconstruction des infrastructures et des bâtiments n'est pas un défi difficile à relever. Le défi le plus important est de reconstruire l'humain.

Question 61 : C'est justement le sujet dont je voudrais vous parler. J'ai visité beaucoup de familles syriennes. J'en suis arrivé à penser que chaque foyer syrien a été affecté par cette guerre. Les enfants, les hommes, les femmes, les personnes âgées, ont tous besoin de se reconstruire. Que pouvez-vous faire ? Que peut faire le monde pour les aider ?

Le Président Al-Assad : Nous n'avons pas à attendre la fin de la guerre pour les aider. Nous avons déjà commencé à le faire par des subventions, des dons, des crédits et d'autres services destinés à ces familles dépossédées dans des circonstances diverses et multiples. Mais le plus important est l'aide morale et comment la société et le gouvernement adoptent et soutiennent ces familles qui ont perdu des êtres chers accidentellement ou au combat dans les rangs de l'Armée, de la Police et des Comités de défense. Je pense que c'est ce que la société syrienne a donné et que c'est pour cela nous avons pu résister pendant ces quatre dernières années, alors que nous sommes entrés dans la cinquième, comme vous l'avez rappelé.

Question 62 : Vous parlez de la société syrienne. À quel point est-elle divisée aujourd'hui ?

Le Président Al-Assad : Si la société était divisée, le pays aurait été automatiquement divisé. Ce ne sont pas les frontières qui peuvent le diviser. Seule la société le peut, au cas où des lignes de séparation claires apparaitraient entre les gens de différentes ethnies et confessions. Aujourd'hui, si vous observez la population des zones sécurisées où se sont réfugiés de très nombreux déplacés, vous verriez que des gens appartenant à tout le spectre de la diversité syrienne vivent ensemble, côte à côte. Si la société était divisée, ce ne serait pas le cas.

Question 63 : Donc, le pays n'est pas divisé ?

Le Président Al-Assad : Non, le pays n'est pas divisé et les médias occidentaux parlent à tort de guerre civile. Il n'y a pas de guerre civile en Syrie. La guerre civile se traduit par des lignes de démarcation claires et nettes entre les différentes ethnies, confessions, religions ou autres groupes d'une même société. C'est une guerre entre la société syrienne et les terroristes. Telle est la réalité de cette guerre. Vous pouvez vérifier par vous-mêmes qu'absolument toutes les composantes du peuple syrien vivent ensemble, sans aucune exception. En général, je n'aime pas user du terme « absolument », mais dans ce cas c'est l'absolue vérité. Je dirais même que cette cohésion est plus forte qu'avant la guerre car, comme je vous l'ai dit précédemment, les Syriens en ont tiré les nombreuses leçons. Ils sont plus proches les uns des autres.

Question 64 : Monsieur le Président, je pense que peu de gens souhaiteraient être à votre place. C'est une très grande responsabilité envers la Syrie vu ce qui s'y passe aujourd'hui. Avez-vous jamais souhaité être resté à Londres à exercer votre métier de praticien ophtalmologue ?

Le Président Al-Assad : Je suis devenu ophtalmologue parce que j'aimais ce métier et ce secteur professionnel. Je n'ai exercé que dans le secteur public et j'avais prévu d'y rester. Finalement, je n'ai fait que passer d'un secteur public à un autre plus large ; lequel, comme vous le savez, consiste aussi à aider les gens. Il n'y a donc pas une grande différence, puisqu'il s'agit du même principe appliqué par des méthodes différentes. Ai-je jamais souhaité être resté à Londres à exercer la médecine, après trois ans de pratique en Syrie ? Je ne regarde pas en arrière. Ce qui compte le plus pour moi est d'aider le peuple syrien.

Question 65 : Qu'est-ce que vous manque le plus de votre séjour londonien ?

Le Président Al-Assad : Nous parlons d'un autre âge, j'étais jeune. Peut-être ai-je la nostalgie de ma jeunesse. Mais en réalité, quand vous allez vivre dans un autre pays pour perfectionner vos connaissances, vous chérissez cette relation qui vous offre le savoir nécessaire au développement de votre pays. C'est ce sentiment qui vous manque, maintenant que la France et la Grande Bretagne sont devenues un fer de lance contre la Syrie alors que vous pensiez qu'ils pouvaient aider les Syriens, non les tuer. C'est ce qui me manque.

Question 66 : Monsieur le Président, vous n'êtes pas seulement président et médecin. Vous êtes aussi un père. Comment expliquez-vous à vos enfants ce qui se passe en Syrie ?

Le Président Al-Assad : En toute transparence, parce qu'ils vivent dans cette société, fréquentent les élèves de leur école, regardent différentes chaînes, utilisent l'Internet qui leur montre certaines opinions et même des atrocités. Des valeurs qui ne sont plus aussi évidentes dans notre société, en raison des circonstances. Lorsqu'ils ont vu une tuerie, vous devez vous concentrer sur la bonne conduite et la bonne volonté. Lorsqu'ils ont vu des terroristes tuer des personnes parce qu'elles ne partagent pas leur idéologie, vous devez davantage vous concentrer sur la tolérance et l'acceptation de l'autre, abstraction faite de son idéologie ou de son affiliation. Ce sont là les points importants à aborder au sein de la famille.

Question 67 : Est-ce que les enfants posent des questions au sujet de la guerre ?

Le Président Al-Assad : Je pense que c'est un sujet de dialogue quotidien dans chaque foyer syrien. Désormais cela fait partie de notre vie. La crise est notre vie, la vie de nos enfants, de nos jeunes, de nos aînés, de nous tous.

Question 68 : Nous savons, Monsieur le Président, que vous avez perdu des amis et des proches au cours de cette guerre. Comment cela vous a-t-il affecté ?

Le Président Al-Assad : Comme n'importe qui au Moyen-Orient où les relations entre les membres de la famille et les amis sont très émotionnelles et très chaleureuses, de sorte que toute perte vous affecte profondément et vous plonge dans la tristesse. En même temps, et en fonction du poste que vous occupez, cela vous incite à réfléchir davantage aux moyens de protéger la vie de vos concitoyens et à agir efficacement pour les aider. Ceci, parce que des millions de Syriens souffrent des mêmes sentiments que moi. Voilà ce qui m'affecte tout en m'incitant à aider les Syriens.

Question 69 : À moins d'un miracle, que faut-il pour arrêter cette guerre ?

Le Président Al-Assad : Arrêter l'ingérence extérieure. Comme je vous l'ai déjà dit, notre problème n'est pas très compliqué. La solution est claire, mais devient plus compliquée à cause des interventions étrangères. Arrêtez. Arrêtez le terrorisme et le flot de terroristes en provenance d'Arabie saoudite et du Qatar via la Turquie, avec la bénédiction et l'aide d'Erdogan. Arrêtez l'afflux d'armes et d'argent vers les terroristes. Arrêtez de les couvrir de votre parapluie occidental quel que soit l'adjectif dont vous les affublez, notamment celui de « modérés ». C'est alors que le problème syrien se résoudra en quelques mois. Cela ne prendra pas plus de temps.

Notes :

[*] Conversation avec le Président syrien Bachar al-Assad [Questions 50 à 58]

//www.comite-valmy.org/spip.php?article5548