Moon of Alabama

Le 5 avril 2016 – Source Moon of Alabama

Le cessez-le feu en Syrie a tenu cinq semaines, mais il arrive maintenant à son terme. Pendant le cessez-le-feu, la Russie a réduit ses forces en Syrie et l’Armée arabe syrienne a fait des progrès significatifs contre État islamique. Mais l’opposition et leurs commanditaires ont abusivement utilisé le cessez-le-feu pour se réarmer. Ils ont préparé et exécuté de nouvelles attaques contre le gouvernement et les civils syriens.

 

Les sponsors de l’opposition, la Turquie, l’Arabie saoudite et les États-Unis ont livré de nouvelles armes et des munitions à l’opposition modérée. On sait qu’au moins la moitié de l’approvisionnement que les modérés reçoivent, finit inévitablement dans les mains d’al-Qaïda en Syrie. Les sponsors ont aussi brisé un tabou de longue date, en introduisant des missiles anti-aériens MANPAD sur le champ de bataille. Plusieurs combattants de la brigade al-Hamza, soutenue par les États-Unis et la Turquie, ontposté des photos de leurs nouveaux jouets. Les États-Unis affirment que ces combattants sont censés ne se battre que contre État islamique. Mais État islamique n’a pas d’avions et ces armes sont clairement destinées à être utilisées contre le gouvernement syrien et ses partisans.

Aujourd’hui Ahrar al-Sham, un groupe salafiste proche d’al-Qaïda, a abattu un Su-22 d’attaque au sol syrien avec un MANPAD, près de la ville de Tal Eis, au sud de la ville d’Alep. Le pilote, le lieutenant-colonel Musad Zayed Hirani, a été fait prisonnier paral-Qaïda en Syrie (Jabhat al Nusra). Cet incident montre que les MANPADS prolifèrent sur le champ de bataille comme ailleurs, et pourraient bientôt être utilisés contre des avions civils au Moyen-Orient et dans le monde.

Les rebelles modérés d’aujourd’hui ont aussi lancé des attaques d’artillerie improvisées contre le quartier Sheikh Maqsoud, à dominante kurde, dans la partie de la ville d’Alep tenue par le gouvernement. Au moins 17 civils ont été tués et plus de 50 ont été blessés.

L’opposition modérée en Syrie, qui reçoit le soutien officiel des Etats-Unis, ne veut pasprendre ses distances vis à vis d’al-Qaïda:

«Nous ne sommes absolument pas d’accord avec Jabhat al-Nusra. Nous ne voulons pas de l’idéologie de Jabhat al-Nusra en Syrie, ni maintenant, ni à l’avenir. Mais nous avons besoin de combattants qui se battent avec nous contre le régime», a déclaré Zakaria Malahefji, un officier politique de Fastaqim Kama Umrit, une coalition de groupes rebelles de la ville d’Alep.

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«Les membres de Jabhat al-Nusra sont nos frères », a déclaré Hajj Bakri, un chef rebelle de Hama. «On n’a pas de problème avec eux.»

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«Notre relation avec Jabhat al-Nusra est bonne et nous collaborons avec Jabhat al-Nusra dans les opérations militaires et pour assurer la sécurité», a déclaré Abou Zeid, un commandant d’Ahrar Al Sham, une milice salafiste pure et dure d’Akrad, dans les montagnes du nord-ouest de la Syrie. Ahrar Al Sham, qui est une des plus puissantes factions rebelles de la guerre, est l’allié individuel le plus important d’al-Nusra.

Tout comme État islamique, al-Qaïda en Syrie ne faisait pas partie de l’accord de cessez-le feu. Les États-Unis considèrent officiellement al-Qaïda en Syrie comme une entité terroriste et ennemie. Al-Qaïda n’a aucun intérêt à voir la paix s’installer, et le groupe fait donc de son mieux pour la saboter. Au cours des dernières semaines, il a réussi à convaincre les modérés de se joindre à lui pour reprendre les combats:

Confronté à une cessation des hostilités sous médiation internationale qui menace d’éroder de façon irréversible son influence, dès la mi-mars, Nusra a entamé une série de pourparlers à l’intérieur de la Syrie pour convaincre les groupes d’opposition de reprendre leur lutte contre le régime. Les dernières 48 heures de progrès de l’opposition au sud d’Alep, sont le signe qu’al-Qaïda a réussi à saper le processus politique et à revenir à une situation qui se prête mieux à sa stratégie de long terme en Syrie.

Samedi, plusieurs groupes rebelles modérés soutenus par les États-Unis se sont joints à al-Qaïda dans une attaque contre la ville de Tal Eis, dans la campagne au sud d’Alep, qui est tenue le gouvernement :

Le cessez-le-feu partiel en Syrie semblait se déliter samedi avec de violents combats entre les forces gouvernementales et les combattants de l’opposition, y compris les membres du Front Nusra affilié à al-Qaïda, aux abords d’Alep, la deuxième plus grande ville du pays, et d’autres endroits du nord du pays.

 Au moins 25 combattants pro-gouvernement et 16 de l’opposition sont morts dans des affrontements au sud d’Alep, où le Front Nusra et les milices rebelles ont capturé un village surplombant une route importante, a déclaré à Associated Press un groupe de suivi basé en Grande-Bretagne.

[…]

Un certain nombre de groupes – dont certains font officiellement partie de l’accord de cessez-le-feu – ont reconnu, sur les médias sociaux, qu’ils étaient en train de se battre contre les forces gouvernementales.

 L’Armée de l’islam, dont le coordinateur politique dirige la délégation de l’opposition pendant l’interruption des pourparlers de paix à Genève, a annoncé qu’elle avait tué 20 soldats du gouvernement dans des combats à l’extérieur de Damas, vendredi. Elle a annoncé, samedi, qu’elle se battait aussi dans la campagne au sud d’Alep, bien qu’on ne pense pas que le groupe y ait un contingent important.

 Il est donc clair que les rebelles modérés ont rompu le cessez-le feu et coopèrent pleinement et ouvertement avec al-Qaïda.

À moins que les sponsors de l’opposition ne parviennent à enrêner immédiatement leurs troupes par procuration, il y aura bientôt à nouveau une guerre générale en Syrie. Le gouvernement syrien et ses alliés sont en train de mobiliser plus de forcespour reprendre les zones perdues au sud d’Alep. Pour la première fois, des conseillersde l’armée iranienne régulière (pas la Garde révolutionnaire) prendront part aux combats. La force aérienne russe est susceptible de réintroduire en Syrie une partie du contingent qu’elle avait retiré.

Le camp russe avait convenu avec les États-Unis d’arrêter les combats et de suivre la voie politique par le biais des négociations à Genève. Cette décision a été prise contre la volonté du gouvernement syrien et de ses alliés iraniens. Ils auraient préféré libérer au moins la ville d’Alep de toutes les forces de l’opposition avant toute négociation.

Mais même si le cessez-le-feu se rompt maintenant, ce que les Russes ont fait aura été très utile. Cela a montré qu’ils étaient capables de faire respecter un cessez-le-feu par leurs alliés quand ils s’engagent à le faire. Cela a également montré que le camp américain soit n’est pas capable, soit n’a pas envie, de faire respecter un cessez-le-feu auquel il s’est engagé, et, qu’au contraire, il le viole en réarmant ses mandataires pour de nouveaux combats.

La future campagne du gouvernement syrien sera probablement, avec le plein appui de ses alliés, plus intensive que sa dernière offensive. Cette attaque avait provoqué la dispersion des rebelles, ils étaient vaincus et faisaient retraite dans plusieurs endroits, quand leur fuite a été stoppée par l’accord de cessez-le-feu. La prochaine attaque sera plus intense et ne s’arrêtera pas avant que l’opposition ne soit hors de combat.

Aujourd’hui, l’armée syrienne a publié une déclaration demandant à tous les civils de quitter les zones tenues par l’opposition dans les 48 heures. La nouvelle campagne«donnera une bonne leçon» à al-Qaïda et ses partisans, assure-t-elle.

Traduction : Dominique Muselet