Image
© Inconnu
Sergeï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères et Bachar el Assad
Alors que l'État islamique menace directement la Russie à travers ses républiques musulmanes du Caucase et aussi par ses nombreux immigrés, clandestins ou non, en provenance des anciennes républiques islamiques soviétiques, Vladimir Poutine observe l'expansion de l'État islamique sunnite à quelques encablures des frontières de la Russie d'un très mauvais œil. Les rapports extrêmement troubles entre les USA et l'État islamique d'une part et la Turquie, le Qatar, l'Arabie saoudite et l'État islamique d'autre part, n'échappent certes pas à la diplomatie russe, surtout maintenant que la coopération entre la Turquie et les USA est en train d'accentuer la pression contre l'État Syrien, en développant l'approche d'un programme de partage de zones d'influence, voire une approche de partage des terres ou des ressources syriennes.

C'est dans ce contexte que Vladimir Poutine lance un grand pavé dans la marre islamo-occidentale en proposant une autre alliance pour lutter contre l'expansion islamiste, qui prend à revers les relations troubles de la coalition islamo-mondialiste avec les bandes terroristes islamistes. (Coalition islamo-mondialiste = Occident avec USA en tête + Turquie, Arabie Saoudite, Israël, Qatar... ). Vladimir Poutine oppose aux actions aériennes inefficaces sous commandement américain de la coalition alliée, une large coalition de forces terrestres incluant les armées syrienne et irakienne, les forces kurdes et celles d'autres pays de la région, parmi lesquelles on peut penser à l'Egypte du général al-Sissi, ou à l'Iran.

le plan de Vladimir Poutine a été dévoilé lors d'une rencontre au sommet entre le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, le secrétaire d'Etat américain John Kerry et leurs homologues du Golfe réunis lundi dernier au Qatar à Doha.

Mise-en-garde sévère, bien que diplomatique, de la Russie

Sergueï Lavrov a qualifié de « contre-productives » les frappes aériennes contre les troupes syriennes, rappelant que la Russie offre une assistance technique militaire aux autorités syriennes dans le cadre de la lutte contre l'État islamique. « Nous avons toutes les raisons de penser que sans ce soutien, les territoires accaparés par cette organisation terroriste auraient été plus vastes de centaines, voire de milliers de kilomètres carrés », a-t-il expliqué.

Le rappel du soutien « technique » de la Russie à la Syrie de Bachar-el-Assad est assez cuisant pour la coalition turco-arabo-occidentale qui avait fait la dure expérience de la supériorité du bouclier anti-missile de la Russie lors d'une tentative d'attaque contre la Syrie en 2013, à laquelle elle avait été contrainte de renoncer. Difficile pour les coalisés mondialistes d'avouer leurs visées réelles auxquelles la résistance de Bachar el Assad est le plus grand obstacle, tandis que l'État islamique leur est un allié en fonction des circonstances.

Alors que les USA et la Turquie tentent un nouveau partage de la Syrie, Vladimir Poutine met donc les pieds dans le plat en lançant l'initiative d'une coalition pour lutter contre l'État islamique, incluant l'armée syrienne du président Bachar el Assad, et excluant la Turquie. Une initiative qui fait grincer les dents à Ankara dont le chef de la diplomatie, Mevlut Cavusoglu, déclarait en marge de la réunion annuelle de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean).
« Actuellement, avec les États-Unis, nous entraînons et équipons l'opposition modérée et nous allons aussi démarrer notre combat contre Daech, bientôt, et de manière efficace », « Ensuite, ce sera plus sûr pour les opposants modérés qui combattent Daech sur le terrain ».
Il s'agit, sans la nommer, de l'opposition prétendue modérée contre Bachar el Assad évidemment! Autant dire que le soutien « technique » de la Russie à Bachar el Assad, n'arrange personne dans le camp islamo-mondialiste coalisé. En plus du soutien du Hezbollah iranien, la Syrie peut donc continuer de compter sur celui de la Russie.

Le plan américain

Si la Russie a dévoilé son plan anti-terroriste pour le Moyen-Orient, lors de la rencontre au sommet entre la Russie, les USA et les pays du Golfe, Washington a également mis à jour sa stratégie militaire qui repose sur la prétendue « opposition modérée au régime de Bachar el Assad » que la Turquie se vante de soutenir en lien avec les USA, rebaptisée maintenant par Washington, « Nouvelle Force Syrienne » (New Syrian Force). Cette « Nouvelle Force Syrienne » (le nom indique qu'elle renaît régulièrement), est, depuis 2011 prétexte à la formation et à l'armement des djihaddistes par l'Occident et à leur protection et aide de la Turquie et des pays du Golfe, sans compter Israël qui appuie volontiers de son aviation les mouvements de l'EI.

Des djihadistes prétendus « opposants modérés » syriens, venus de tous les pays du monde, qui, à peine sortis du moule de formation militaire de la coalition vont grossir les rangs de l'État islamique et autres al-Nosra ou Al Qaïda, chère à Laurent Fabius. Désormais Washington prétend que toute atteinte à cette Nouvelle Force Syrienne (cornaquée de toute évidence, par les islamo-mondialistes), pourra servir de prétexte à une ingérence militaire de la part des États-Unis, y compris contre l'armée gouvernementale syrienne. A cet effet les USA prévoit «des mesures supplémentaires» qui pourraient être prises pour les protéger, laissant planer la menace de frappes aériennes contre les forces du président Bachar al-Assad. Une mise en garde à laquelle le régime syrien qui sait à quoi s'en tenir, a répondu que Washington mentait et se vantait.

Dans ces circonstances, le plan de Poutine devient un coup de frein à l'ingérence directe des États-Unis dans la guerre syrienne. Le plan proposé par Moscou prévoit en préalable un mécanisme politique de sortie de crise, ainsi que l'union de toutes les parties impliquées et intéressées afin de contrer la menace terroriste islamique. C'est donc principalement sur l'appui des forces musulmanes chiites que Poutine table. L'islam russe étant quant à lui, à forte consonance soufie. Cette proposition a donc très peu de chance d'être acceptée, mais a au moins le mérite de mettre la coalition islamo-mondialiste face à ses contradictions et à son double-jeu.

Le but de cette initiative est donc en définitive une mise en garde sévère contre les USA et la Turquie, de la part de Moscou, pour les prévenir contre toutes prétentions de s'attaquer à l'État syrien. En 2013, c'est déjà Moscou qui avait interposé son bouclier anti-missiles contre les velléités occidentales d'attaquer la Syrie, ce qui a fait avorter, jusqu'ici, le projet de réduire la Syrie à l'état de la Libye.

Image
L'opposition modérée à Bachar el Assad, pivot du dispositif mondialiste en Syrie
Les observateurs voient dans la nouvelle initiative du Kremlin deux absents majeurs : la Turquie et l'opposition « modérée » à Bachar el-Assad, sur lesquelles les Occidentaux comptent beaucoup. « L'intégration de forces kurdes dans la coalition va énerver (le chef d'État turc Recep Tayyip) Erdogan. Or une solution régionale ne peut fonctionner sans la Turquie », explique un diplomate occidental. « Le paradoxe est que les relations entre Moscou et Washington connaissent une dynamique plus positive que celles entre Moscou et Ankara ». Ce week-end, le président turc a déclaré qu'il n'accepterait jamais l'annexion de la Crimée par la Russie. Parallèlement, les négociations sur la construction d'un nouveau gazoduc russe vers la Turquie ont été repoussées à l'automne. (Source le Figaro)
Au moment où la Turquie se rapproche des USA avec lesquels elle était encore il y a peu en coquetterie, le système de vases communiquant implique un éloignement de celle-ci, des positions russes. Le Figaro rappelle non sans quelque hypocrisie que les Occidentaux comptent beaucoup sur « l'opposition « modérée » à Bachar el-Assad ». Le tout est de savoir pour quoi les Occidentaux comptent tant sur cette opposition modérée à Bachar el Assad, sans cesse reconstituée et armée par leurs soins ? Est-ce pour contrer l'État islamique ? ou bien est-ce pour abattre Bachar el Assad ? Poser la question c'est y répondre, puisque les troupes prétendument « modérées » formées par l'Occident se retrouvent très vite parmi les forces de l'État islamiques.

Stratégie & jeux de dupes

La Turquie fait officiellement partie de la coalition islamo-occidentale sensée combattre l'Etat islamique. Or la Turquie ne cesse de rêver à une zone tampon le long de sa frontière avec la Syrie. Mais jusque-là la Turquie se contentait de faire monter les enchères en favorisant de façon à peine voilée, l'État islamique qui combat les Kurdes du PKK installés à Kobané, et qui ont étendu leur zone territoriale le long de sa frontière. Or les Kurdes sont les ennemis jurés du pouvoir d'Ankara depuis des décennies, puisqu'ils revendiquent leur indépendance au nom du Kurdistan. Mais les kurdes étaient bien utiles à la coalition pour contrebalancer le poids de l'État islamique, d'où la difficulté pour les USA à accepter les conditions d'Ankara qui avait exigé contre sa participation à la lutte contre l'État islamique l'obtention d' une zone tampon en territoire syrien le long de sa frontière ainsi que la création d'une zone d'exclusion aérienne, et l'instruction et l'entraînement de combattants de l'opposition modérée en Syrie et en Irak.

Sur tous ces points Washington semble avoir satisfait Erdogan, du moins en ce qui concerne la Syrie. La liste des points requis pour une entente démontre que l'ennemi visé n'est pas l'ennemi désigné. La véritable cible de la coalition reste Bachar-el-Assad, la Syrie, son territoire et ses ressources. Exigence qui ne rencontre aucune opposition éthique pour les USA à la tête de la coalition, mais qui enfreindrait néanmoins quelques lois internationales, telles que l'atteinte à l'intégrité d'un territoire étranger. Pour avoir les apparences de la légitimité de telles frappes demanderaient soit une autorisation du pouvoir légitime syrien (qui ne viendra pas en l'état actuel), soit un mandat de l'ONU que la coalition n'aura jamais en raison de la Russie qui y opposera toujours son véto.

Les attentats kurdes et de l'État islamique sur le sol turc sont venus à point nommé pour faire évoluer le dossier. Il faut admettre que si l'État islamique est bien l'auteur des attaques susdites en Turquie, ses chefs ne sont que des ingrats envers leur protecteurs turcs, et qu'ils sont incapables de défendre leurs propres intérêts. Par contre, s'il ne s'agissait que d'attaques sous faux drapeaux, la logique retrouverait ses droits. En tout état de cause ces attentats sont tombés à pic pour faire évoluer le dossier syrien alors que l'armée de Bachar el Assad essuie revers sur revers depuis quelques mois, le président syrien ayant lui-même déclaré récemment que son armée peinait à gonfler ses effectifs.

Quoiqu'il en soit, en juillet, Ankara a annoncé qu'elle autoriserait des avions militaires américains à lancer des attaques contre des jihadistes de l'EI depuis Incirlik, une de ses bases aériennes, située dans le sud du pays.

C'est dans ce contexte qu'une Armée de la Reconquête islamique a été propulsée au-devant de la scène internationale, précisément en Syrie, il y a quelques jours. Une Armée de la Reconquête qui fait, à point nommé, la synthèse des espérances des USA et de la Turquie, puisque cette nouvelle mouvance islamiste armée combat à la fois l'Etat islamique qui prend peut-être un peu trop d'indépendance, et Bachar el Assad...
Le Moyen-Orient est décidément une région emplie de mystères où les groupes armés surgissent spontanément se taillant de vastes territoires à la barbe de grands états voisins, alliés à la plus grande puissance du monde... Une hyper-puissance, bardée d'alliés locaux, qui resterait impuissante tente-t-on de nous faire croire, face à une organisation âgé de quelques mois !