Cela fait deux mois que les parents des jeunes ayant trouvé la mort dans le quartier de Sur, protestent nuit et jour dans un parc de la "capitale kurde" de la Turquie. Ils exigent que les dépouilles de leurs enfants, accidentellement tués lors des accrochages entre la police et les habitants locaux, leur soient livrées. 

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Les mamans Kurdes

Une des villes les plus anciennes du Proche-Orient, Diyabakir est connue comme la capitale non-officielle du Kurdistan turc. Encore récemment, des touristes européennes inondaient les vieilles ruelles de son quartier historique Sur. Or, depuis quelques mois la situation a changé: les restaurants ont fermé leurs portes et des snipers se sont installés sur les toits des hôtels de luxe. Sur est assiégé par la police et l'armée turques qui mènent une traque contre les militants kurdes. 

​A quelques centaines de mètres de Sur, dans un parc public, les parents et les proches de sept jeunes gens et jeunes femmes kurdes guettent par une journée d'hiver que la police les autorise à récupérer les dépouilles de leurs enfants. Les protestataires assurent que ces jeunes sont tombés accidentellement. Or, les forces de l'ordre ont une autre vision des faits. Elles assurent que seuls des terroristes ont été éliminés à Sur. 

"J'ignore où est ma Rozerin" 

Fahriye Cukur attend avec les autres. Il y a à peu près un mois, pendant que le couvre-feu était levé, sa fille Rozerin, 16 ans, était allée à Sur pour rendre visite à ses amis. Les échanges de coups de feux ont repris et la jeune femme est restée bloquée de l'autre côté de la ligne de front ."Pendant une semaine, elle attendait qu'on l'autorise à sortir. Puis, elle a reçu une balle de sniper dans la tête", raconte la mère inconsolable qui a appris l'affreuse nouvelle par les amis de sa fille. 

Fahriye ignore la date exacte de l'assassinat de sa fille aussi bien qu'elle ignore où se trouve la dépouille de cette dernière. D'ailleurs, à l'intérieur d'elle-même, elle continue à espérer que sa fille a réussi à se sauver. Par miracle. 

Un frigo pour cercueil 

Des femmes sont assises dans une rotonde. Des slogans recouvrent ses murs: "Grève jusqu'à la victoire!", "Nous supportons l'action à Sur!", "Dégagez vos chars et vos bombes des sites historiques". A quelques pas de là, Murad Gercek se tient en compagnie d'autres hommes. Son fils Turgay, 19 ans, a disparu le 15 janvier, lorsque l'armée turque appuyée par des chars et des hélicoptères, a lancé une nouvelle offensive contre Sur. Mourad et sa famille ont tenté de fuir le quartier assiégé. "Turgay est resté derrière, et du coup il a disparu. Il n'a pas quitté Sur. Nous ne savons pas où il est passé, mais le lendemain ses amis m'ont dit qu'il avait été tué", confie l'homme. 

Murad s'interroge sur ce qui s'est passé avec la dépouille de son fils. "Il se peut qu'il reste allongé devant le seuil de notre maison que nous avons fuie... J'espère que ses amis l'ont caché", raconte Murad. 

Ici, on raconte que dans la ville de Jizra, elle aussi théâtre de combats opposant les Kurdes aux forces armées turques, incapable de sortir de sa maison en raison des combats une mère a dû conserver le corps de sa défunte fille... au frigo. 

Les dépouilles d'Issa et de Mesut ont récemment été livrées à leurs proches. En attendant qu'encore sept corps leurs soient restitués, les parents continuent de camper dans le parc. D'ailleurs, pas uniquement les parents, pour les Kurdes la tragédie de Sur est une tragédie commune. 

En décembre 2015, les autorités turques ont décrété un couvre-feu dans plusieurs localités kurdes du sud-est du pays, notamment dans le quartierSur de Diyarbakir, dans les villes de Jizra et Silopi dans la province de Sirnak ainsi qu'à Nusaybin et Dargecit dans la province de Mardin. 

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Diyarbakir Sur

Des affrontements entre les forces de sécurité et les combattants du PKK se poursuivent jusqu'à présent à Sur et à Jizra. 

Selon les données officielles d'Ankara, environ 850 combattants kurdes ont été éliminés depuis le début de l'opération spéciale dans le sud-est de la Turquie. La partie kurde affirme pour sa part qu'il s'agit pour la plupart de victimes civiles. 


Scènes de vie à Diyarbarkir Sur