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IRAN : L'ÉNIÈME TENTATIVE DE RÉVOLUTION COLORÉE NE PASSERA PAS. Diminution des manifestations - Augmentation des émeutes - Les Etats-Unis préparent la prochaine étape

Mikhail Gamandiy-Egorov Sputnik mer., 03 jan. 2018 14:33 UTC

Alors que la situation en Syrie se stabilise et que la majorité des terroristes ont subi une défaite cinglante, et avec eux leurs soutiens extérieurs. Ces derniers tentent une nouvelle fois de punir l'Iran, l'un des principaux acteurs de la victoire sur le terrorisme en Syrie et l'une des principales puissances indépendantes de la région. 
Iran
© AFP 2017 Mohammad ALI MARIZAD
 
Les mois et les années passent mais les méthodes de certains acteurs gardent toute leur « stabilité », voire même un manque évident de fantaisie. En effet et à l'heure du numérique qui ne cesse d'impressionner à chaque fois un peu plus et au moment où les informations alternatives s'imposent face aux courants « mainstream », les partisans de la déstabilisation et du chaos n'ont toujours pas trouvé de meilleure méthode afin d'atteindre leurs objectifs. 

Et ces méthodes sont déjà bien connues, étudiées et réétudiées. Et ce qui avait pu marcher en son temps en Serbie, en Géorgie, dans certains pays du monde arabe ou en partie en Ukraine, ne marche plus vraiment aujourd'hui. 

Les peuples sont aux aguets, tout comme les gouvernements. Et malgré toute la volonté de pays comme les USA, la Grande-Bretagne, Israël ou encore l'Arabie Saoudite de tenter de jouer la carte anti-iranienne, ne serait-ce que prendre une mini-revanche pour leur défaite en Syrie, de même que pour les pertes financières massives sans résultat escompté, vraisemblablement là aussi le résultat espéré ne saurait être atteint.
De l'avis de nombreux experts, tout comme des représentants du gouvernement iranien, les manifestations des derniers jours à différents endroits de l'Iran sont appelés à fondre. 

Et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, car en face d'une mobilisation anti-gouvernementale - souvent agressive mais fortement limitée en nombre, plusieurs contre-manifestations de soutien au gouvernement et aux forces de l'ordre de l'Iran ont eu lieu - certes elles peu relayées sur les écrans des chaînes TV mainstream - pourtant ayant réuni incomparablement plus de monde.
D'autre part, les forces de sécurité suivent de près la situation et veillent à la souveraineté du pays. Et pour finir, malgré l'acharnement de la coalition Trump-Netyanhahou-Saoud contre Téhéran, la République islamique sait qu'elle peut compter sur la solidarité avec plusieurs pays, dont les membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU - en la qualité de la Russie et de la Chine, toutes deux partenaires stratégiques de l'Iran.
A ce sujet, la réaction de la diplomatie russe n'a pas tardé: « Toute interférence extérieure dans les affaires intérieures de l'Iran est inacceptable », pour reprendre le communiqué sur le sujet du ministère russe des Affaires étrangères. Une réaction qui d'ailleurs ne fait que confirmer la présence dans cette région stratégique de deux axes clairement antagonistes, de par leurs approches ainsi que de leurs visions du présent et de l'avenir des relations régionales, comme mondiales. 

Si le premier, dans lequel on retrouve la Russie, la Chine et l'Iran, soutient clairement l'approche multipolaire ou comme aiment dire certains multilatérale des affaires internationales, en mettant un accent important sur le respect de la souveraineté des Etats, le second est lui révisionniste dans le sens du refus de la nouvelle réalité géopolitique du monde, avec un désir toujours aussi ardent d'interférer dans les affaires intérieures d'Etats souverains, qui refusent le diktat unipolaire révolu. 

Au final, tout cela pour dire que malgré tout le matraquage du mainstream sur les événements en Iran, il est fortement à penser que dans les prochains jours le calme sera retrouvé. Et non pas parce que les dites manifestations seront matées dans la violence, mais tout simplement parce que l'écrasante majorité des citoyens iraniens n'auront pas soutenu les provocations d'une petite minorité, bien souvent manipulée de l'extérieur.
 
Chaque pays peut faire face à des problèmes courants, et l'Iran ne fait pas exception, mais ce n'est pas certainement pas à Washington, Londres, Tel-Aviv ou Riyad de jouer aux donneurs de leçons. 

Et d'ailleurs en parlant justement des donneurs de leçons. Essayez ne serait-ce qu'une fois au centre de Paris de lever la main sur un CRS - vous aurez peu de chances d'y échapper. Pire, si cela devait arriver en terre étasunienne, vous aurez peu de chances d'y échapper vivant. En Iran, des coups de feu ont été tirés en direction des forces l'ordre, avec comme résultat au moins un policier tué et plusieurs autres blessés. 

Donc le mythe d'une manifestation pacifique ( clin d'œil au Maidan kiévien ) ne tient tout simplement pas.
Par contre, je me souviens à ce jour comment durant ma période estudiantine à Paris, en 2008, des amis serbes ont eu droit à des coups de matraque des CRS parisiens sur la Place de la République lors de la manifestation contre la reconnaissance unilatérale « d'indépendance » du Kosovo, berceau de la Serbie, par l'Occident politique. Des manifestants ayant été pour information sans aucune arme, ni objets pouvant poser un quelconque danger pour l'ordre publique. Certainement « démocratie » oblige. On connaît la chanson.

Commentaire : Lire aussi :
 
Les émeutes et les manifestations en Iran se poursuivent depuis 6 jours. Bien que les médias "occidentaux" affirment que les manifestations se multiplient, je ne vois aucune preuve de cela dans les différentes vidéos qui paraissent en ligne. Les protestations légitimes contre les hausses de prix, les banques privées défaillantes et le nouveau budget d'austérité néolibérale du président Rohani ont été rapidement détournées en émeutes par des gangs. Ils sont évidemment coordonnés de l'extérieur du pays par le biais de diverses applications Internet, en particulier Telegram et Instagram :

 
    Amad News, une chaîne sur Telegram, semble avoir joué un rôle central dans la vague de protestations. Géré par le journaliste exilé Rohollah Zam, fils d'un haut ecclésiastique réformiste qui aurait fui le pays après avoir été accusé d'entretenir des liens avec des services de renseignement étrangers...
 
Le blocage des chaînes spécifiques s'est avéré insuffisant :
 
    Un logiciel spécial utilisé pour contourner les filtres gouvernementaux pouvait encore être téléchargé facilement. Et lundi, comme les autres jours, il y a eu des appels à la protestation en ligne et sur les chaînes satellites de langue persane étrangères.
 
Le blocage des applications Internet a été levé aujourd'hui.
Les protestations initiales sur les questions économiques semblent s'être apaisées après que le président Rouhani eut confirmé le droit de manifester et lâché du lest sur le plan économique. En effet, il n' y a que peu de nouvelles vidéos de véritables marches de protestation, mais une avalanche de vidéos d'émeutes, d'incendies criminels et de bagarres avec les forces de police. La taille des manifestations est de quelques centaines de personnes ou moins
 
Les contre-manifestations, exprimant la loyauté de la République (non notées dans les médias "occidentaux"), sont plus importantes que les manifestations antigouvernementales. Depuis décembre, 28 manifestations et émeutes ont eu lieu dans un total de 66 villes à ce jour, mais seulement une trentaine d'entre elles ont eu lieu chaque nuit. Cela pourrait indiquer une certaine planification derrière les événements. Un changement de lieu quotidien pourrait être envisagé pour empêcher les préparatifs de la police.
 
Les groupes d'émeutiers sont entre 30 et 80 personnes, avec quelques passants qui se fraient un chemin. Ils semblent suivre une stratégie de foule éclair apparaissant ici et là et disparaissant à nouveau lorsque la police apparaît en force. Dans certaines villes, des émeutiers ont attaqué des postes de police, des postes militaires et ont même volé des camions de pompiers. Certains émeutiers essaient évidemment de mettre la main sur des armes.
Au total, seuls quelques milliers de personnes, en majorité des jeunes hommes, semblent y participer. Des milliers de personnes manifestent chaque semaine en Israël contre la corruption du Premier ministre Netanyahu. En France, plus de 1,000 voitures ont été incendiées par les pyromanes au cours de la nouvelle année. Rien de tout cela ne fait la une des journaux, mais quelques dizaines d'émeutes en Iran deviennent une "révolution".
 
Le bilan total des "manifestations pacifiques" s'élève aujourd'hui à 21 morts, dont au moins cinq, selon mon compte, étaient des policiers tués lors d'attaques menées par des "manifestants" et deux civils non apparentés qui ont été écrasés et tués par des émeutiers au volant d'un camion de pompiers volés. Six émeutiers ont été tués en tentant d'attaquer un poste de police dans la ville de Qahderijan. Le gouverneur a affirmé que les assaillants étaient armés de fusils.
 
Le même simulacre d'images de grandes manifestations et de "preuves" de brutalité gouvernementale que nous avons vu en ce qui concerne la guerre contre la Syrie a lieu avec l'Iran. Des vidéos de manifestations de l'Argentine et du Bahreïn sont utilisées pour réclamer de grandes manifestations en Iran. Un tweet avec la vidéo du Bahrein réalisée par un "journaliste" qui prétendait que c'était en Iran, a reçu plus de 17 000 "re-tweets". Des vidéos espagnoles ou même des scènes de films sont censées montrer la violence policière en Iran. Une vidéo d'un homme allongé sur le dos et soigné montre une fois qu'il a été abattu par la police alors qu'un autre propagandiste allègue que l'homme a été victime d'un arrêt cardiaque après que la police a utilisé un pistolet Taser sur lui. Il n'y a aucun signe de blessure ou autre traumatisme. Il s'est probablement évanoui.
 
Le groupe terroriste MEK (NCRI, MKO) a fait "fuité" de faux protocoles d'une prétendue réunion gouvernementale qui, selon lui, montre la panique face aux manifestations. Le gouvernement aurait craint le chef de la MEK, Marjam Radjavi. Le MEK a payé des sommes importantes pour obtenir le soutien de politiciens, y compris John McCain à Washington et ailleurs. Pendant la guerre Irak-Iran, il a combattu l'Iran aux côtés de l'Irak.
Après l'invasion de l'Irak par les Etats-Unis, le MEK a été dans des camps spéciaux sous contrôle étatsunien. Selon un rapport de Seymour Hersh de 2012, l'armée étatsunienne a formé des combattants du MEK aux techniques de sabotage et d'insurrection. Ces gens sont profondément détestés en Iran, mais ils craignent de ne pas l'être. Leur engagement précoce dans les "manifestations" via leur site web et leurs opérations de propagande en Iran pourrait indiquer un rôle plus important dans les émeutes.
Les néoconservateurs habituels des médias étatsuniens plaident pour "plus d'aide" pour le "peuple iranien". L'aide qu'ils veulent offrir est destinée à aggraver la situation économique.
Les néoconservateurs habituels des médias étatsuniens plaident pour "plus d'aide" pour le "peuple iranien". L'aide qu'ils veulent offrir est destinée à aggraver leur situation économique.
 
J'ai soutenu plus tôt que le plan plus large des instigateurs de ces émeutes n'est pas destiné à créer un violent conflit visant à un "changement de régime", mais à provoquer une réaction du gouvernement iranien qui peut ensuite être utilisé pour faire pression sur les Européens pour qu'ils isolent à nouveau l'Iran. Ce plan est maintenant confirmé par un article paru dans le Washington Post. Michael Singh du lobby sioniste à Washington écrit :
 
    Si le régime recourt de toute façon à la violence, la réponse internationale devrait se concentrer sur l'isolement diplomatique. Les États européens et asiatiques devraient réduire leurs relations diplomatiques avec l'Iran et diminuer la participation de l'Iran aux forums internationaux. Les sanctions peuvent aussi jouer un rôle...
 
Comme on pouvait s'y attendre, les rédacteurs du WaPo sont parfaitement synchronisés avec le lobby :
 
    Les dirigeants européens, qui ont été beaucoup plus prudents, devraient s'exprimer. Dimanche [le président Rohani d'Iran] a reconnu que les manifestants avaient des griefs légitimes et a accepté nominalement leur droit de manifester. L'administration Trump et d'autres gouvernements occidentaux devraient s'efforcer de le tenir à ces paroles par la diplomatie et la menace de sanctions en cas d'effusion de sang.
 
 
Les émeutes au niveau actuel ne mettent aucunement en danger la république iranienne. Si certains émeutiers acquièrent des armes, l'intensité peut changer un peu. Mais à moins qu'ils ne reçoivent un soutien matériel et personnel de l'extérieur, comme cela s'est produit en Syrie, la situation va bientôt se calmer. Le peuple iranien est contre une telle violence et le gouvernement n'a pas encore utilisé ses multiples capacités.

 
J'avais documenté dans des posts précédents que l'administration Trump, en étroite collaboration avec Israël, s'était longtemps préparée à une intensification du conflit avec l'Iran. Il y a six mois, la CIA a mis en place un bureau spécial avec un faucon iranien de haut niveau en tête de l'opération. Le mois dernier, Trump a nommé un autre faucon iranien à la tête de la section du département d'État du Moyen-Orient.
 
Depuis que le peuple iranien a réussi à obtenir un "changement de régime" en 1979, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont adopté une politique d'affrontement contre l'Iran. Il a fluctué et s'est modifié en intensité, mais n'a jamais changé. Sous Trump, nous verrons une augmentation rapide des actions hostiles. L'administration vient d'appeler à une session d'urgence de l'ONU sur la situation. C'est un geste risible si l'on considère l'ampleur des meurtres quotidiens commis par les États-Unis et leurs alliés au Yémen, en Syrie et en Palestine. Mais l'opération qui se déroule actuellement n'est probablement qu'une petite partie d'une stratégie anti-Iran plus vaste qui n'est pas encore visible.
 
Source: Moon of Alabama Traduction: SLT
 

Iran - Le rapide soutien des États-Unis aux émeutiers laisse deviner un plan plus vaste

Dans l’article Iran - Des manifestations à motif économique sont récupérées par des agents du changement de régime, nous avons examiné l’opération israélo-américaine en cours qui a pour but de déclencher une révolte en Iran. Voici ci-dessous de nouvelles précisions sur le contexte et l’évolution de la situation. Une révolution ou une révolte de couleur en Iran n’a que peu de chances d’aboutir. Mais même en cas d’échec, elle peut servir de prétexte à des sanctions supplémentaires et à d’autres mesures anti-iraniennes. Les incidents actuels font donc partie d’un plan beaucoup plus vaste.

Les démocraties « occidentales » ont l’habitude d’avoir des partis politiques de gauche ou de droite avec des combinaisons fixes de politiques économiques et culturelles. La « gauche » est perçue comme prônant une économie sociale qui profite à l’ensemble de la population, et comme culturellement libérale ou progressiste. La droite est considérée comme culturellement conservatrice avec une préférence pour une économie de marché libre qui favorise les segments les plus riches d’une nation.
 
Les camps politiques en Iran sont différents.
 
En voilà la version simplifiée : Les conservateurs iraniens qu’on appelle aussi « principalistes », sont culturellement conservateurs, mais ils favorisent les programmes économiques qui profitent aux pauvres. Leur base est constituée des populations rurales ainsi que les segments les plus pauvres des habitants des villes. Le dernier président iranien qui en était proche a été Mahmoud Ahmedinejad. L’une de ses principales décisions a été de verser des allocations directement aux familles les plus pauvres en supprimant les subventions générales sur le carburant et l’alimentation.
L’actuel président iranien Hassan Rouhani est membre du camp « réformiste ». Sa base est constituée par les marchands et les pans les plus riches de la société. Il est culturellement (relativement) progressiste mais ses politiques économiques sont néolibérales. Le budget qu’il sera mis en œuvre l’année prochaine réduit les allocations destinées aux pauvres introduites par Ahmedinejad. Cela va augmenter le prix du carburant et des produits alimentaires de première nécessité d’au moins 30-40%.
 
Les manifestations des 28 et 29 décembre étaient dues à ces problèmes et à d’autres problèmes économiques. Il y a des manifestations de ce typerégulièrement en Iran depuis des décennies. Mais les manifestations actuelles ont été rapidement détournées par de petits groupes qui ont scandé des slogans contre le système iranien et contre le fort engagement iranien en Syrie et en Palestine. Ce ne sont pas les positions majoritairesdes 80 millions d’habitants de l’Iran :
 
Selon le sondage, 67,9 % des personnes interrogées affirment que l’Iran devrait accroître son soutien aux groupes anti-Etats islamique, contre 59,8 % il y a un an. Et une majorité de 64,9% soutient le déploiement du personnel militaire iranien en Syrie pour aider le régime de Bachar al-Assad, en légère hausse par rapport à 62,7% il y a un an.
 
Les petits groupes qui ont détourné les manifestations contre les politiques économiques de Rouhani ont été fortement soutenus par les agents habituels des opérations d’influence américaine. Avaaz, la coopération RAND, Human Rights Watch et d’autres, ont immédiatement pris le train en marche. (Toujours semblable à lui-même, Ken Roth de HRW a utilisé une photo d’un rassemblement pro-gouvernemental pour montrer les protestations anti-gouvernementales beaucoup plus petites).
Les petits groupes qui ont détourné la manifestation et/ou ont monté les manifestations en épingle semblent bien coordonnés. Mais ils sont loin de constituer un véritable mouvement, ni même une majorité.
 
Dans la matinée de décembre, 30 grandes manifestations de soutien à la république iranienne ont eu lieu dans plusieurs villes. A Téhéran, plusieurs milliers de personnes y ont participé.
 
 
Suzanne Maloney du Brookings Center for Middle East Policy, qui se prétend « accro à l’Iran », les a décrites comme des contre-manifestations aux petits rassemblements de la veille :

Suzanne Maloney ? @MoneySuzanne - 12:40 - 30 déc 2017
 
La République islamique a une machine bien huilée pour mobiliser des rassemblements pro-régime (Rouhani lui-même en a été le chef de file en 1999 après les manifestations étudiantes.) Ce qui est intéressant, c’est que la machine s’est mise en route presque immédiatement cette fois-ci.
 
Les « accros à l’Iran » et autres « experts » n’étaient pas au courant que des manifestations pro-gouvernementales annuelles ont lieu en Iran tous les 9 de Dey (calendrier iranien) depuis 2009, et sont organisées bien à l’avance. Elles commémorent l’échec de la tentative de la révolution de couleur de la CIA en 2009. Cette tentative avait fait suite à la réélection du président Ahmedinejad. La CIA s’était servie du segment plus riche de la société iranienne dans le nord de Téhéran pour faire le travail. Il n’est pas encore clair quelles couches sociales, s’il y en a, sont utilisées cette fois-ci.
 
En juin 2009, le Brookings Institute a publié un manuel sur la façon de renverser le gouvernement iranien ou de prendre le contrôle du pays. « Maloney, un autre « accro à l’Iran » était l’un des auteurs. QUEL CHEMIN VERS LA PERSE ? Options pour une nouvelle stratégie américaine en Iran(pdf) avait quatre parties : 

- Partie I - Dissuader Téhéran : les options diplomatiques.
 
- Partie II - Désarmer Téhéran : les options militaires
 
- Partie III – Changer le régime : renverser Téhéran
 
- Partie IV - Contenir Téhéran : l’endiguement
 
La Partie III comprend :
 
- Chapitre 6 : La révolution de velours : soutenir un soulèvement populaire
 
- Chapitre 7 : Générer une insurrection : soutenir la minorité iranienne et les groupes d’opposition
 
- Chapitre 8 : Le coup d’État : soutenir une action militaire contre le régime
 
La « révolution de couleur » de velours a échoué en 2009 car le « mouvement vert » n’a pas réussi à convaincre le peuple iranien qu’il était autre chose qu’une tentative soutenue par l’étranger pour renverser leur république. 

Ce que nous voyons actuellement en Iran est une combinaison des chapitres 6 et 7 du plan Brookings. Derrière un mouvement relativement populaire contre les politiques économiques néolibérales du gouvernement Rohani, un mouvement militant, comme on l’ a vu hier soir (ci-dessous), met en œuvre une stratégie d’escalade qui pourrait mener à une guerre civile. Nous avons déjà assisté à une combinaison similaire en Libye et au début de l’attaque contre la Syrie. (Tony Cartalucci du Land Destroyer Report a abondamment décrit le Brookings Paper comme un « manuel pour renverser des pays ». 

En juin dernier, le Wall Street Journal rapportait que la CIA avait mis en place une cellule opérationnelle spéciale pour de telles attaques contre l’Iran : 

La Central Intelligence Agency a mis en place une organisation exclusivement axée sur la collecte et l’analyse de renseignements sur l’Iran, reflétant la décision de l’administration Trump de faire de ce pays une cible prioritaire des espions américains, selon les responsables américains. 

Le Centre de mission de l’Iran réunira des analystes, des membres du personnel d’opérations et des spécialistes de la CIA pour mettre à profit l’éventail des capacités de l’agence, y compris des opérations secrètes. 

Le chef du nouveau bureau est l’un des officiers les plus impitoyables de la CIA : 

Pour diriger le nouveau groupe, M. Pompeo a choisi un agent de renseignements chevronné, Michael D’Andrea, qui a récemment supervisé le programme de frappes létales par drone de l’agence et qui a remporté, selon bon nombre de ses pairs, des succès contre Al-Qaïda dans la longue campagne américaine contre le groupe terroriste.
...
M. D’Andrea, un ancien directeur du Centre antiterroriste de la CIA qui s’est converti à l’islam, est considéré par ses pairs comme un manager exigeant mais dur à la tâche et efficace. Certains responsables américains ont avoué être préoccupés par sa position agressive envers l’Iran. 

D’Andrea, est le gars de la CIA qui aurait pu éviter le 11 septembre mais a raté son coup. Il a été intimement impliqué dans le programme de torture de la CIA et dans la campagne meurtrière de drones au Pakistan et en Afghanistan. Il est soupçonné d’être le cerveau qui préside à la coopération américaine avec les extrémistes wahhabites en Libye, en Irak et en Syrie. 

Hier matin, un groupe terroriste sunnite a fait exploser un pipeline dans le sud-ouest de l’Iran, près de la frontière irakienne : 

Selon Ansar al Furqan, « un important oléoduc a explosé dans la région d’Omidiyeh d’Ahvaz, en Iran. » Le groupe a ajouté qu’il avait créé une nouvelle unité, la Brigade des martyrs d’Ahwaz. Historiquement, il y a une importante population arabe la région d’Ahvaz. Cependant, on ne sait pas trop si cette supposée brigade se compose d’Arabes iraniens ou de Baloutches, bien qu’il semble que la plupart de ses membres soient des Baloutches. Les djihadistes disent que « l’opération a été menée pour infliger des pertes économiques au régime criminel iranien. » 

Selon le Centre militaire américain de lutte contre le terrorisme, Ansar al-Fruqan est issu du groupe terroriste démantelé de Jundallah, qui avait tué des centaines de responsables et de civils iraniens. Jundallah était une insurrection baloutche qui combattait pour un « Baloutchistan libre » dans la région du sud-ouest du Pakistan et du sud-est de l’Iran. Son chef a été tué en 2010 et depuis, le groupe s’est scindé en Ansar al-Furqan et d’autres groupes. Certaines d’entre eux sont sous influence étrangère. Mark Perry a écrit en 2012 : 

Une série de mémos de la CIA raconte que des agents du Mossad israélien se sont fait passer pour des espions américains pour recruter des membres de l’organisation terroriste Jundallah pour leur servir de mercenaires dans leur guerre secrète contre l’Iran. 

Les agents du Mossad ont engagé des terroristes du Jundallah pour tuer des experts nucléaires en Iran. Il ne devrait donc pas être surprenant qu’un groupe issu du Jundallah attaque maintenant l’infrastructure économique iranienne au moment même où le Mossad et la CIA coordonnent une nouvelle campagne pour renverser le gouvernement iranien. Cela indique clairement un plan plus vaste et bien organisé. 

Hier soir, des groupes de 20 à 50 jeunes hommes sont apparus dans une vingtaine de villes et villages d’Iran et ont commencé à vandaliser (vidéo) les rues. Ils ont démoli les panneaux routiers et les panneaux d’affichage, brisé les fenêtres et mis le feu aux poubelles. De courtes vidéos de dizaines d’incidents sont apparues sur différents comptes Twitter. Leur impact était souvent présenté de manière très exagérée. 

Dans la vidéo « des manifestants qui brûlent les bureaux du gouvernement dans la province d’Ahvaz » on voit seulement une poubelle en feu devant un bâtiment. Le seul bruit dans la vidéo « où la police tire à balles réelle sur les manifestants » est le bruit du verre brisé des carreaux d’un bureau préfabriqué. La vidéo qui accompagne l’annonce que « 3 personnes ont été tuées dans une fusillade policière du Lorestan » montre un petit groupe très agité. Deux personnes sont emmenées, mais on ne sait pas qui elles sont, ni ce qui leur est arrivé. On n’entend pas de tirs et on ne voit pas de policiers. Dans d’autres vidéos, la police réagit aux émeutiers qui jettent des pierres et commettent des actes de vandalisme.

Les groupes, leur présence dans une vingtaine de villes et leur action, tout cela est clairement coordonné. 

Ceux qui soutiennent les émeutes dans les médias postent toutes les vidéos qu’ils trouvent pour toucher un public plus large. Le gouvernement iranien a demandé à l’application de messagerie Telegram, largement utilisée en Iran, de stopper une chaîne qui exhortait les manifestants à lancer des cocktails Molotov sur les bâtiments officiels. Le chef du service Telegram aconvenu que ces appels étaient contraires à ses conditions de service et a supprimé la chaîne. De nouveaux canaux avec des messages similaires sont immédiatement apparus. Le gouvernement iranien va être obligé de bloquer complètement Telegram ou d’infiltrer ces canaux pour empêcher la coordination des émeutes. 

Les politiciens américains qui avaient appelé à « bombarder, bombarder, bombarder » l’Iran (John McCain) ou qui avaient menacé de faire la guerre à ce pays (Hillary Clinton) ont publié des déclarations de soutien au « peuple iranien » - c’est-à-dire aux émeutiers. Ce sont les mêmes personnes qui écrasent le peuple iranien sous toutes sortes de sanctions les unes après les autres - des hypocrites. Donald Trump et son Département d’État ont publié des déclarations de soutien aux « manifestants pacifiques » qui vandalisent le pays, et ont exigé que « le régime respecte leurs droits humains fondamentaux ». Leurs manifestations de compassion pour le peuple iranien ne trompent personne. Une note de service qui a fuité récemment disait au secrétaire d’État américain Tillerson : 

... que les États-Unis devaient utiliser les droits de l’homme comme arme contre des adversaires comme l’Iran, la Chine et la Corée du Nord, tout en laissant la main libre à des régimes répressifs alliés comme les Philippines, l’Égypte et l’Arabie saoudite. 

Les déclarations officielles des États-Unis arrivent trop tôt et nuisent à tout réel mouvement d’insurrection en Iran. Elles prouvent que les manifestations sont soutenues par les États-Unis qui perdent ainsi toutes leurs chances d’élargir la base de leurs supporters en Iran. 

Pourquoi les États-Unis font-ils cela ?
 
Le plan n’est peut-être pas de renverser tout de suite le gouvernement iranien, mais de pousser le gouvernement iranien à réprimer violemment les manifestations.

Suzanne Maloney @MoneySuzanne - 5:51 - 31 déc 2017
 
Et voici l’idée : quoique le gouvernement américain fasse ou dise à propos de ces protestations, le fait est (comme @POTUS l’a dit sur Twitter) que le monde entier regarde ce qui se passe en Iran. La façon dont Téhéran réagit aux protestations actuelles modèlera ses relations avec le monde, comme en 2009. 

Cette réaction peut ensuite être utilisée pour imposer des sanctions plus larges et plus strictes à l’Iran, en particulier de la part de l’Europe. Il s’agirait alors d’une nouvelle étape du plan plus vaste consistant à étouffer le pays sous les sanctions, et d’un pas supplémentaire dans l’escalade contre lui.
 31 décembre 2017
 
Lien connexe:
 
 Source: Moon of Alabama Traduction : Comité Valmy (Dominique Muselet)


04/01/2018
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